"Peu d'espoir"
de compromis avec Pékin sur le dossier tibétain
Le dalaï lama a reconnu mercredi qu'il y avait "peu
d'espoir" d'un compromis sur le dossier tibétain
avec le gouvernement chinois actuel, qui accuse le dignitaire
religieux de "séparatisme". "J'ai eu
beau exprimer clairement les aspirations des Tibétains...Nous
n'avons obtenu aucun résultat concret", a déclaré
le dalaï lama qui s'exprimait à l'occasion du
51e anniversaire du soulèvement manqué contre
Pékin de 1959, à l'issue duquel le chef spirituel
des bouddhistes tibétains avait fui le Tibet.
"A en juger par le comportement des dirigeants chinois
actuels ...Nous n'avons engrangé aucun résultat
tangible et il y a peu d'espoir pour que nous en obtenions
à court terme", a ajouté le dalaï
lama depuis la ville indienne de Dharamsala, une bourgade
accrochée aux contreforts de l'Himalaya, lieu du gouvernement
tibétain en exil.
Agé de 74 ans, le chef spirituel des Tibétains
en exil a également invité des responsables
tibétains administrant la région autonome chinoise
à visiter les communautés tibétaines
exilées "du monde libre", ce que Pékin
proscrit.
Il a également affirmé qu'au Tibet, sous étroite
administration chinoise, les moines et les nonnes vivaient
dans des conditions "quasi-carcérales" dans
le cadre d'une politique visant à "annihiler le
bouddhisme".
Le dalaï lama ne réclame pas l'indépendance
du Tibet mais une large "autonomie culturelle" de
ce territoire, envahi puis annexé par la Chine en 1950-1951.
Mais le laborieux dialogue entre représentants du dalaï
lama et autorités chinoises est au point mort depuis
des années. Pékin assure que le Tibet fait partie
de la Chine depuis le XIIIe siècle, une affirmation
contestée par le gouvernement tibétain en exil.
Pékin accuse aussi le dalaï lama, lauréat
du prix Nobel de la paix en 1989, d'être un séparatiste,
sous le couvert de religion.
La sécurité a été renforcée
au Tibet mercredi, qui est également le jour anniversaire
de sanglantes émeutes antichinoises il y a deux ans,
ont indiqué des habitants joints par l'AFP qui ont
fait état d'un climat tendu.
La Thaïlande refuse
un visa à la soeur du dalaï lama
Bangkok a refusé d'accorder un visa de tourisme à
la soeur du dalaï lama de peur d'irriter la Chine, a
indiqué mercredi le ministère des Affaires étrangères
thaïlandais.
Jetsun Pema, la soeur du chef spirituel des bouddhistes tibétains
qui vit comme lui en Inde, devait participer à un évènement
culturel de trois jours à Bangkok qui commence vendredi.
Mais l'ambassade de Thaïlande à New Delhi lui
a refusé son visa.
"Nous soutenons la manifestation, mais dans le cas de
la soeur du dalaï lama, nous nous sommes réservés
le droit de rejeter sa demande de visa de même qu'à
son mari, car nous ne voulons pas être impliqués
dans la politique internationale", a indiqué Chavanond
Intarakomalyasut, secrétaire du ministère.
Jetsun Pema, âgée de 69 ans, devait s'exprimer
sur l'éducation bouddhiste des exilés tibétains,
un sujet que le ministère craignait qu'il ne déborde
sur la délicate question du pouvoir chinois au Tibet.
Le dalaï lama, dont l'enseignement spirituel est très
suivi dans le monde entier, a obtenu le prix Nobel de la Paix
en 1989.
Les autorités chinoises l'accusent d'avoir des visées
sécessionnistes et ont protesté contre sa récente
visite à la Maison Blanche en demandant à Washington
de "réparer les dommages" infligés
aux relations bilatérales par la rencontre entre lui
et le président américain Barack Obama.
Pékin s'oppose systématiquement à ce
qu'il soit reçu par des dirigeants étrangers.
La Chine est un partenaire essentiel pour la Thaïlande,
où vit une très importante communauté
sino-thaïlandaise. Les Chinois sont des investisseurs
actifs dans l'industrie et l'agriculture thaïlandaises.
Des
reliques de Bouddha accueillies au Vietnam
Plusieurs centaines de bouddhistes vietnamiens ont accueilli
mercredi à l'aéroport d'Hanoï des reliques
de Bouddha en provenance d'Inde, a constaté un journaliste
de l'AFP.
Une délégation de 147 moines et disciples bouddhistes
vietnamiens avaient quitté la capitale du pays communiste
tôt mercredi pour un rapide aller-retour en Inde, où
ils se sont vu remettre ces reliques en forme de "perle",
selon un communiqué de l'Eglise bouddhiste du Vietnam
(EBV).
Pour l'EBV, Eglise officielle contrôlée par le
régime, l'événement "a une signification
spirituelle importante pour les moines bouddhistes vietnamiens,
et les fidèles."
"C'est la fierté du bouddhisme vietnamien",
a renchéri Thich Thi Loan, moniale présente
sur place et venue de la province de Ninh Binh, au sud d'Hanoï,
où devaient être conduites les reliques.
Bouddha est le surnom donné au prince Siddharta, après
qu'il eut reçu "l'Eveil", et commencé
à enseigner ses doctrines de renoncement et de compassion.
Le bouddhisme est de loin la première religion du Vietnam.
Au moins 70% des 86 millions d'habitants du pays sont bouddhistes.
Les
rencontres du dalaï lama avec des présidents américains
depuis 10 ans
- Voici un rappel des rencontres entre le dalaï lama
et les présidents américains à la Maison
Blanche depuis dix ans.
- Le 23 mai 2001, pour la première fois depuis huit
ans, le chef spirituel tibétain est reçu à
la Maison Blanche par un président américain.
Renouant avec le geste de son père en 1991, George
W. Bush dialogue personnellement avec lui dans les appartements
présidentiels, alors que Pékin célèbre
le 50ème anniversaire de l'annexion du Tibet.
Son prédécesseur Bill Clinton l'avait rencontré
à plusieurs reprises mais s'était essentiellement
borné à apparaître lors d'entretiens du
vice-président Al Gore avec le dalaï lama.
- Le 10 septembre 2003, George W. Bush accueille de nouveau
le dalaï lama dans la résidence de la Maison Blanche
et non dans l'aile ouest du bâtiment, siège du
pouvoir exécutif américain.
Une rencontre similaire se tient le 9 novembre 2005.
- Le 17 octobre 2007, le président et le Congrès
américains rendent un hommage sans précédent
au dalaï lama, malgré la colère de la Chine,
pour honorer un "symbole universel de paix et de tolérance"
selon les mots de George W. Bush.
Pour la première fois, un président américain
apparaît en public au côté du dalaï
lama. M. Bush lui remet la plus haute distinction civile du
Congrès, au cours d'une cérémonie en
grande pompe sous la coupole du Capitole.
Le
dalaï lama prêt à mettre fin à sa
fonction si les Tibétains le demandent
Le dalaï lama a déclaré lundi qu'il était
prêt à mettre fin à l'institution qu'il
représente, et qui existe depuis le XIVe siècle,
si les Tibétains en décidaient ainsi de peur
que les autorités chinoises ne lui cherchent un successeur
à leur solde.
Le dalaï lama, qui vit en exil en Inde depuis 1959, aura
75 ans en juillet et la question de sa succession est de plus
en plus ouvertement évoquée, bien que sa santé
semble bonne.
"C'est en fin de compte aux gens, je l'ai clairement
dit, de décider si cette institution doit perdurer
ou non", a déclaré le 14e dalaï lama
à propos de sa fonction. Il était interviewé
par la radio publique américaine NPR à l'occasion
de sa visite à Los Angeles, après avoir rencontré
vendredi le président américain Barack Obama
à la Maison Blanche.
"Si une majorité de Tibétains a le sentiment
que l'institution du dalaï lama n'a plus de sens, alors
cette institution doit cesser d'exister, il n'y a aucun problème",
a-t-il insisté. "Il semblerait que les Chinois
soient plus inquiets pour cette institution
que moi", a ajouté en riant le leader spirituels
des Tibétains en exil.
Le dalaï lama, dont l'enseignement spirituel est très
suivi dans le monde entier, a obtenu le prix Nobel de la Paix
en 1989. Les autorités chinoises l'accusent d'avoir
des visées sécessionnistes et ont protesté
contre sa visite à la Maison Blanche en convoquant
l'ambassadeur des Etats-Unis à Pékin.
En 1995, le gouvernement de Pékin avait rejeté
le jeune garçon choisi par le dalaï lama pour
devenir le nouveau panchen lama, un autre haut dignitaire
du bouddhisme tibétain, et avait imposé son
propre candidat lors d'une cérémonie supervisée
par le parti communiste. Le candidat du dalaï lama n'a
plus été vu en public depuis lors. Le dalaï
lama a déjà exprimé par le passé
sa volonté de rompre avec la tradition en choisissant
lui-même son successeur, éventuellement une fille.
Le dalaï lama se met à
Twitter
Le dalaï lama a rejoint la communauté des micro-blogueurs
en ouvrant son propre compte Twitter, suivi mardi par plus
de 60.000 internautes, 24 heures après sa création.
Le compte du dalaï lama (http://twitter.com/DalaiLama)
a été ouvert lundi, au lendemain d'une rencontre
à Los Angeles entre le chef spirituel des Tibétains
en exil et l'un des fondateurs du site de micro-blogs, Evan
Williams.
"Ai rencontré le dalaï lama aujourd'hui à
Los Angeles. Lui ai conseillé d'utiliser Twitter. Il
a ri", a commenté après la rencontre M.
Williams sur son compte Twitter.
La page du dalaï lama ne comptait mardi que sept "tweets",
ces mini-messages de 140 caractères maximum qui font
la spécificité de Twitter.
Le chef spirituel ne s'y exprimait pas directement et les
messages donnaient des liens renvoyant vers des articles et
photos sur son séjour aux Etats-Unis, et notamment
vers son site internet (http://www.dalailama.com/).
L'ouverture de son compte intervient un an après que
Twitter eut suspendu un faux créé par un imposteur
qui avait attiré des dizaines de milliers de personnes.
A la suite de cet incident et d'autres similaires, Twitter
avait lancé des "comptes certifiés",
statut dont jouit celui du dalaï lama.
CE JOUR marque le 50e anniversaire du soulèvement pacifique
du peuple tibétain contre la répression communiste
chinoise au Tibet. Depuis mars dernier, d'importants mouvements
de contestation pacifique se sont manifestés dans tout
le Tibet. La majorité des participants étaient
des jeunes gens nés et élevés après
1959, qui ne connaissaient rien d'un Tibet libre. Toutefois,
nous pouvons être fiers que leur action repose sur la
ferme conviction, qui perdure d'une génération
à l'autre, de servir la cause du Tibet. Cette action
sera une source d'inspiration pour ceux qui, dans la communauté
internationale, portent un intérêt tout particulier
à la question du Tibet. Nous rendons hom mage et nous
offrons nos prières à tous ceux qui sont morts,
ont été torturés et ont enduré
des souffrances terribles pendant la crise de l'année
passée au nom de la cause tibétaine et depuis
que notre lutte a commencé.
Vers l'année 1949, les forces communistes
commencèrent à pénétrer dans les
régions Nord-est et Est du Tibet (le Kham et l'Amdo)
et, en 1950, plus de 5000 soldats tibétains ont été
massacrés. Au vu de la situation qui régnait
alors, le gouvernement chinois choisit une politique de libération
pacifique, qui, en 1951, conduisit à la signature de
l'Accord en 17 Points et de son annexe. Depuis lors, le Tibet
se trouve placé sous le contrôle de la République
populaire de Chine. Cependant, cet accord indiquait précisément
que la religion, la culture et les valeurs traditionnelles
du Tibet seraient préservées.
Entre 1954 et 1955, j'ai rencontré à Pékin
la plupart des hauts dignitaires politiques et militaires
du Parti communiste chinois, avec à leur tête
le président Mao Tsétoung. Au cours des discussions
concernant les moyens de stimuler le développement
social et économique au Tibet, tout en y préservant
le patrimoine religieux et culturel, Mao Tsétoung et
tous les autres chefs acceptèrent la création
d'un comité préparatoire pour la mise en place
de la région autonome, comme le stipulait l'Accord,
plutôt que l'établissement d'une commission administrative
militaire. Mais à partir de 1956, la situation se détériora
avec l'imposition au Tibet de politiques ultra-gauchistes
avec pour résultat l'abandon des promesses faites et
des décisions prises précédemment par
les hautes autorités. La mise en place imposée
de force de la prétendue “réforme démocratique”
dans les régions du Kham et de l'Amdo au Tibet, qui
était en totale décalage avec les conditions
existantes, n'amena que chaos et destruction. Au Tibet central,
les autorités chinoises violèrent les termes
de l'Accord en 17 Points de façon délibérée
et avec brutalité. Leurs tactiques agressives et violentes
ne firent que s'aggraver de jour en jour. Ces tristes événements
ne laissèrent au peuple tibétain qu'une seule
alternative, celle d'un soulèvement pacifique le 10
mars 1959. Les autorités chinoises répondirent
avec une violence sans précédent qui causa la
mort, l'arrestation et l'emprisonnement de dizaines de milliers
de Tibétains dans les mois qui suivirent. A la suite
de quoi, accompagné par un petit groupe de hauts fonctionnaires
du gouvernement tibétain, y compris quelques Kalons
(ministres), je choisis l'exil vers l'Inde. A ma suite, presque
cent mille Tibétains prirent le chemin de l'exil vers
l'Inde, le Népal et le Bhoutan .. Durant leur fuite
et au cours des mois qui suivirent, ils eurent à affronter
des difficultés inimaginables, qui n'ont jamais été
oubliées.
Une fois le Tibet occupé, le gouvernement
communiste chinois s'engagea dans une série de campagnes
violentes et répressives visant à instaurer
la réforme démocratique, la lutte des classes,
la création de communes populaires, la Révolution
culturelle, la loi martiale, et plus récemment la rééducation
patriotique et les campagnes “frapper fort”. Ces
campagnes amenèrent un tel niveau de souffrance pour
les Tibétains que leur vie devint littéralement
un enfer. Le résultat immédiat de ces campagnes
fut la mort de centaines de milliers de Tibétains.
La lignée du Bouddha Dharma fut brisée. Des
milliers de centres religieux et culturels, comme les monastères
et les temples, furent complètement détruits.
Des monuments et des bâtiments historiques furent démolis.
Les ressources naturelles furent exploitées à
tort et à travers. Aujourd'hui, le fragile environnement
du Tibet est pollué ; la déforestation massive
a détruit les forêts et la vie animale, le yack
sauvage et l'antilope tibétaine notamment, sont menacés
d'extinction.
Les 50 dernières années ont
amené d'incroyables souffrances et la destruction à
la terre et au peuple tibétains. Même aujourd'hui,
les Tibétains au Tibet vivent dans un constant état
de peur, faisant sans cesse l'objet de soupçon de la
part des autorités chinoises. Aujourd'hui, la religion,
la culture, la langue et l'identité, toutes choses
que les générations successives de Tibét
ains ont toujours considéré comme des biens
plus précieux que leur propre vie, sont aussi menacés
de disparaître. En bref, les Tibétains sont considérés
comme des criminels qui méritent la mort. La tragédie
du peuple tibétain a été rapportée
au gouvernement chinois en 1962 dans la pétition (de
70000 caractères) du regretté Panchen Rinpotché.
Ceci fut réitéré par lui dans un discours
prononcé à Shigatsé en 1989, peu de temps
avant sa mort ; il y disait notamment que ce que nous avons
perdu sous l'autorité du régime communiste dépasse
de loin ce que nous y avons gagné. De nombreux Tibétains,
objectifs et concernés, se sont eux aussi exprimé
sur les souffrances du peuple tibétain. Même
Hu Yaobang, Secrétaire du Parti communiste, à
son arrivée à Lhassa en 1980, a clairement admis
ces erreurs et a présenté des excuses aux Tibétains.
De nombreuses infrastructures telles que routes, aéroports,
voies ferrées, etc..., qui semblent avoir apporté
du progrès dans les diverses régions du Tibet,
furent entreprises en réalité dans le dessein
politique de siniser le Tibet. Le coût disproportionné
en est la destruction de l'environnement et du mode de vie
tibétain.
Quant aux réfugiés tibétains,
bien qu'au début nous ayons eu à faire face
à de nombreux problèmes, comme de grandes différences
climatiques, des langues inconnues de nous et la difficulté
de gagner notre vie, nous sommes parvenus à nous installer
en exil. Grâce à la générosité
des pays qui nous ont accueillis, de l'Inde en particulier,
les Tibétains ont pu recommencer à vivre libres
et sans peur. Nous avons pu subsister et préserver
notre religion et notre culture. Nous avons pu offrir à
nos enfants une éducation à la fois moderne
et traditionnelle et nous avons entrepris des efforts pour
trouver des solutions à la question du Tibet. Il y
a eu encore d'autres effets positifs : une compréhension
plus profonde du bouddhisme tibétain, avec son insistance
sur la compassion, qui constitue une contribution positive
de par le monde.
Immédiatement après notre arrivée
en exil, je me suis mis à travailler pour promouvoir
la démocratie au sein de la communauté tibétaine
en établissant un Parlement tibétain en exil
en 1960. Depuis lors, nous avons graduellement progressé
dans la voie de la démocratie et aujourd'hui notre
administration en exil est devenue une démocratie à
part entière avec sa charte écrite et un corps
législatif. Ceci est effectivement quelque chose dont
nous pouvons tous être fiers.
Depuis 2001, nous avons institué un
système par lequel le gouvernement politique des exilés
tibétains est directement élu par un ensemble
de procédures semblable à celles que l’on
trouve dans les autres systèmes démocratiques.
Actuellement, le Kalon Tripa (Premier ministre élu
au suffrage direct) entame son second mandat. En conséquence,
mes propres responsabilités administratives quotidiennes
s'en trouvent réduites et aujourd'hui, je suis dans
une condition de semi-retraite. Toutefois, travailler pour
la juste cause du Tibet relève de la responsabilité
de tout Tibétain et tant que je vivrai je servirai
cette cause.
En tant qu'être humain, mon engagement
majeur est de servir les valeurs humaines; c'est ce que je
considère comme la condition essentielle à une
vie heureuse au niveau individuel, familial et communautaire.
Dans le cadre de ma pratique religieuse, mon deuxième
engagement est la promotion de l'harmonie inter-religieuse.
Mon troisième engagement est bien sûr la question
du Tibet. Cela se justifie en premier lieu parce que je suis
tibétain et que l'on m'appelle Dalaï-Lama; d'une
façon plus importante, cela s'explique par la confiance
que les Tibétains, à l'intérieur comme
à l'extérieur du Tibet, m'accordent. Voilà
donc les trois engagements majeurs que je garde toujours présents
dans mon esprit.
En plus de veiller au bien-être de
la communauté tibétaine en exil, et elle va
tout à fait bien, la mission principale de l'administration
centrale tibétaine a été de travailler
à la résolution de la question du Tibet. Après
avoir mis au point, en 1974, la politique de la Voie Médiane,
mutuellement favorable, nous étions prêts à
répondre positivement à la proposition de pourparlers
émise par Deng Xiaoping en 1979. De nombreuses conversations
se succédèrent et des délégations
d'enquêtes furent envoyées. Malheureusement,
celles-ci n'apportèrent aucun résultat concret
et les contacts formels furent interrompus en 1993.
Ensuite, en 1996-97, nous avons effectué
un sondage d'opinion auprès des Tibétains en
exil et rassemblé des suggestions au Tibet, lorsque
cela était possible, concernant une proposition de
referendum permettant aux Tibétains de déterminer,
à leur gré, la direction future de notre lutte
pour la liberté. A la lumière des résultats
obtenus et des suggestions venues du Tibet, nous décidâmes
de poursuivre la politique de la Voie Médiane.
Depuis que les contacts ont été
rétablis en 2002, nous en tenant au seul canal officiel
et suivant un programme unique, nous avons participé
à une série de 8 rencontres avec les autorités
chinoises. De surcroît, nous avons présenté
un Memorandum sur une Autonomie réelle pour le peuple
tibétain, en précisant que les conditions de
l'autonomie de région au plan national, telle qu'elle
est exprimée dans la Constitution chinoise, seraient
réalisées grâce à la mise en place
de ses lois sur l'autonomie. L'insistance chinoise à
nous faire accepter le Tibet comme faisant partie de la Chine
depuis des temps réculés est non seulement fondée
sur une erreur, mais elle est également déraisonnable.
Nous ne pouvons pas changer le passé, qu'il ait été
bon ou mauvais. Déformer l'histoire est inconvenant.
Nous devons regarder de l'avant et nous employer
au bien-être de tous. Nous, Tibétains, recherchons
une autonomie légitime et positive, un accord par lequel
les Tibétains pourraient vivre à l'intérieur
des structures de la République populaire de Chine.
Satisfaire aux aspirations du peuple tibétain permettra
à la Chine de trouver stabilité et unité.
De notre côté, nous n'exprimons aucune revendication
se fondant sur l'histoire. Si l'on se reporte à l'histoire,
il n'existe aucun pays au monde aujourd'hui, et cela inclut
la Chine, dont le statut territorial soit demeuré de
tout temps inchangé et aucun qui puisse demeurer inchangé.
Notre souhait que tous les Tibétains
soient réunis sous l'autorité d'une administration
autonome unique s'accorde avec l'objectif même du principe
de l'autonomie de région au plan national. Cela répond
aux besoins fondamentaux des deux peuples, tibétain
et chinois. La constitution chinoise, ainsi que des lois et
règlementations s'y référant, ne s'opposent
en rien à cette réalisation et de nombreux leaders
du gouvernement central chinois ont admis cette aspiration
profonde. Au moment de la signature de l'Accord en 17 Points,
le Président Zhou Enlai a reconnu que cela était
une demande raisonnable. En 1956, au moment de la constitution
du Comité préparatoire pour la Région
autonome du Tibet, le Vice-Président Chen Yi, en montrant
une carte, déclara que si Lhassa pouvait devenir la
capitale de la Région autonome du Tibet, rassemblant
les régions tibétaines des autres provinces,
cela contribuerait au développement du Tibet et de
l'amitié entre les peuples tibétain et chinois.
C'était là une opinion partagée par le
Panchen Rinpotché et nombre de cadres et érudits
Tibétains. Si les leaders chinois avaient eu des objections
à nos propositions, ils auraient pu à ce moment-là
donner leurs raisons et offrir d'autres alternatives, mais
ils ne le firent pas. Je suis déçu que les autorités
chinoises n'aient pas répondu de façon appropriée
à nos efforts sincères pour la réalisation
du principe d'une vraie autonomie régionale nationale
pour tous les Tibétains, dans le cadre de la constitution
de la République populaire de Chine.
En dehors du fait que le processus actuel
de dialogue sino-tibétain n'a apporté aucun
résultat concret, nous avons assisté à
une réaction brutale aux manifestations tibétaines
qui ont bouleversé l'ensemble du Tibet depuis le mois
de mars de l'année dernière. C’est afin
de recueillir l'opinion de tous sur la voie à suivre
pour l'avenir, que nous avons tenu une Réunion spéciale
des Tibétains en exil en novembre 2008. Nous nous sommes
aussi efforcés, dans la mesure du possible, d'obtenir
des suggestions de la part des Tibétains au Tibet.
Le résultat de cette enquête a montré
que dans leur grande majorité les Tibétains
sont très favorables à la continuation de la
politique de la Voie Médiane. Nous gardons donc le
cap de cette politique avec une conviction renouvelée
et nous poursuivons nos efforts en vue de la création
de l'autonomie régionale reconnue au plan national
pour tous les Tibétains.
Depuis des temps immémoriaux, les
peuples tibétain et chino is sont voisins. A l'avenir
aussi, nous devrons vivre ensemble. Il est donc impératif
que nous co-existions dans l'amitié.
Depuis l'occupation du Tibet, la Chine communiste
a sans cesse publié une propagande mensongère
sur le Tibet et son peuple. C'est pourquoi, au sein des populations
chinoises, bien peu de Chinois ont une compréhension
précise du Tibet. Il est, en vérité,
bien difficile pour eux de connaître la vérité.
De plus, les leaders ultra-gauchistes chinois ont depuis mars
de l'année dernière entrepris une immense campagne
de propagande dans l'intention de diviser les deux peuples
et de créer de l'animosité entre eux. Il est
triste de constater que cet effort a porté ses fruits
en créant dans l'esprit de nos frères et soeurs
chinois une impression négative des Tibétains.
C'est pourquoi, comme je l'ai déjà fait de nombreuses
fois, je voudrais à nouveau recommander à nos
frères et soeurs chinois de ne pas se laisser influencer
par une telle propagande, mais au contraire de tenter de découvrir
de façon impartiale les faits concernant le Tibet de
façon à empêcher toute division entre
nous. Les Tibétains doivent aussi s'efforcer de faire
naître un lien d'amitié avec le peuple chinois.
Si l'on regarde les cinquante dernières
années d'exil, on voit que nous avons traversé
des hauts et des bas. Cependant, le fait que la question du
Tibet soit toujours dans l'actualité et que la communauté
internationale y prenne un intérêt sans cesse
croissant est en soi une réussite. Si l'on considère
la situation dans cette perspective, je suis certain que la
justice prévaudra à la condition de rester sur
la voie de la vérité et de la non-violence.
Alors que nous commémorons 50 ans
d'exil, il nous faut avant tout exprimer notre profonde gratitude
aux gouvernements et aux peuples des différents pays
qui nous ont accueillis et où nous vivons. Non seulement
nous nous conformons aux lois de ces pays d'accueil, mais
nous nous conduisons de façon à constituer une
valeur positive pour ceux-ci. De même, dans nos efforts
pour faire aboutir la cause du Tibet et maintenir sa religion
et sa culture, il nous faut définir notre vision future
et notre stratégie en nous inspirant de notre expérience
passée.
Je dis toujours qu'il nous faut espérer
le meilleur et nous préparer au pire. Que nous nous
placions dans une perspective mondiale ou dans le contexte
des événements en Chine, nous avons des raisons
d'espérer une résolution rapide de la question
du Tibet. Mais nous devons en même temps nous préparer
à l'éventualité d'une lutte qui durerait
longtemps. Pour cela, nous devons nous concentrer essentiellement
sur l'éducation de nos enfants et la formation de professionnels
dans des secteurs variés. Nous devons aussi nous concentrer
sur l'environnement et la santé et pousser notre compréhension
et notre pratique des méthodes de non-violence au sein
de toute la population tibétaine.
Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est
donnée ici pour exprimer toute ma gratitude envers
les chefs de gouvernement des états, le gouvernement
central et le peuple Indien, qui, en dépit des difficultés
et obstacles auxquels ils ont à faire face, ont toujours
offert soutien et assistance aux Tibétains en exil
au cours de ces 50 années. Leur gentillesse et leur
générosité est immense. Je voudrais aussi
remercier les responsables, les gouvernements et les peuples
qui forment la grande communauté internationale, ainsi
que les nombreux groupes de soutien au Tibet, pour leur soutien
indéfectible. Puissent tous les êtres vivants
vivre dans la paix et le bonheur.
Sa Sainteté le Dalaï Lama
Le 10 mars 2009
Traduit de l’anglais en français
par le Bureau du Tibet, Paris.