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Les rencontres du dalaï lama avec des présidents américains depuis 10 ans

- Voici un rappel des rencontres entre le dalaï lama et les présidents américains à la Maison Blanche depuis dix ans.

- Le 23 mai 2001, pour la première fois depuis huit ans, le chef spirituel tibétain est reçu à la Maison Blanche par un président américain. Renouant avec le geste de son père en 1991, George W. Bush dialogue personnellement avec lui dans les appartements présidentiels, alors que Pékin célèbre le 50ème anniversaire de l'annexion du Tibet.
Son prédécesseur Bill Clinton l'avait rencontré à plusieurs reprises mais s'était essentiellement borné à apparaître lors d'entretiens du vice-président Al Gore avec le dalaï lama.

- Le 10 septembre 2003, George W. Bush accueille de nouveau le dalaï lama dans la résidence de la Maison Blanche et non dans l'aile ouest du bâtiment, siège du pouvoir exécutif américain.
Une rencontre similaire se tient le 9 novembre 2005.

- Le 17 octobre 2007, le président et le Congrès américains rendent un hommage sans précédent au dalaï lama, malgré la colère de la Chine, pour honorer un "symbole universel de paix et de tolérance" selon les mots de George W. Bush.
Pour la première fois, un président américain apparaît en public au côté du dalaï lama. M. Bush lui remet la plus haute distinction civile du Congrès, au cours d'une cérémonie en grande pompe sous la coupole du Capitole.


Le dalaï lama prêt à mettre fin à sa fonction si les Tibétains le demandent

Le dalaï lama a déclaré lundi qu'il était prêt à mettre fin à l'institution qu'il représente, et qui existe depuis le XIVe siècle, si les Tibétains en décidaient ainsi de peur que les autorités chinoises ne lui cherchent un successeur à leur solde.
Le dalaï lama, qui vit en exil en Inde depuis 1959, aura 75 ans en juillet et la question de sa succession est de plus en plus ouvertement évoquée, bien que sa santé semble bonne.
"C'est en fin de compte aux gens, je l'ai clairement dit, de décider si cette institution doit perdurer ou non", a déclaré le 14e dalaï lama à propos de sa fonction. Il était interviewé par la radio publique américaine NPR à l'occasion de sa visite à Los Angeles, après avoir rencontré vendredi le président américain Barack Obama à la Maison Blanche.
"Si une majorité de Tibétains a le sentiment que l'institution du dalaï lama n'a plus de sens, alors cette institution doit cesser d'exister, il n'y a aucun problème", a-t-il insisté. "Il semblerait que les Chinois soient plus inquiets pour cette institution
que moi", a ajouté en riant le leader spirituels des Tibétains en exil.
Le dalaï lama, dont l'enseignement spirituel est très suivi dans le monde entier, a obtenu le prix Nobel de la Paix en 1989. Les autorités chinoises l'accusent d'avoir des visées sécessionnistes et ont protesté contre sa visite à la Maison Blanche en convoquant l'ambassadeur des Etats-Unis à Pékin.
En 1995, le gouvernement de Pékin avait rejeté le jeune garçon choisi par le dalaï lama pour devenir le nouveau panchen lama, un autre haut dignitaire du bouddhisme tibétain, et avait imposé son propre candidat lors d'une cérémonie supervisée par le parti communiste. Le candidat du dalaï lama n'a plus été vu en public depuis lors. Le dalaï lama a déjà exprimé par le passé sa volonté de rompre avec la tradition en choisissant lui-même son successeur, éventuellement une fille.


Le dalaï lama se met à Twitter
Le dalaï lama a rejoint la communauté des micro-blogueurs en ouvrant son propre compte Twitter, suivi mardi par plus de 60.000 internautes, 24 heures après sa création.
Le compte du dalaï lama (http://twitter.com/DalaiLama) a été ouvert lundi, au lendemain d'une rencontre à Los Angeles entre le chef spirituel des Tibétains en exil et l'un des fondateurs du site de micro-blogs, Evan Williams.
"Ai rencontré le dalaï lama aujourd'hui à Los Angeles. Lui ai conseillé d'utiliser Twitter. Il a ri", a commenté après la rencontre M. Williams sur son compte Twitter.
La page du dalaï lama ne comptait mardi que sept "tweets", ces mini-messages de 140 caractères maximum qui font la spécificité de Twitter.
Le chef spirituel ne s'y exprimait pas directement et les messages donnaient des liens renvoyant vers des articles et photos sur son séjour aux Etats-Unis, et notamment vers son site internet (http://www.dalailama.com/).
L'ouverture de son compte intervient un an après que Twitter eut suspendu un faux créé par un imposteur qui avait attiré des dizaines de milliers de personnes.
A la suite de cet incident et d'autres similaires, Twitter avait lancé des "comptes certifiés", statut dont jouit celui du dalaï lama.


Birmanie: un moine bouddhiste écope de 7 ans de prison (opposition)

Un moine bouddhiste birman a écopé de sept ans de prison notamment pour association illégale, a indiqué vendredi un membre de l'opposition alors que le Rapporteur de l'ONU pour les droits de l'Homme concluait une visite de cinq jours dans le pays.
Gaw Thita avait été arrêté en août dernier en revenant de Taïwan. Il a été condamné mercredi par un tribunal spécial de la prison d'Insein de Rangoun, selon Aung Thein, un avocat proche de l'opposition radié du barreau par la junte l'an passé.
Le religieux a été condamné à trois ans de prison pour infraction aux lois sur l'immigration, deux ans pour association illégale et deux ans pour utilisation interdite de devises étrangères. "Il doit purger les peines l'une après l'autre", a ajouté le juriste.
Sept autres moines avaient été arrêtés en même temps que lui, le 26 août 2009, à l'aéroport international de Rangoun mais tous avaient été relâchés. Son avocat fera appel de sa condamnation, a précisé Aung Thein.

La junte birmane avait emprisonné des dizaines de moines après les manifestations de 2007 emmenées par les religieux du pays et surnommées depuis la "révolte Safran".
Au moins 31 personnes avaient été tuées lors de la répression du mouvement, considéré comme la menace la plus importante contre le régime militaire depuis près de 20 ans.
Cette nouvelle condamnation intervient alors que le rapporteur de l'ONU sur les droits de l'Homme en Birmanie, Tomas Quintana, devait conclure vendredi une mission de cinq jours pour faire le point sur sur la situation des droits de l'Homme en Birmanie avant les élections promises cette année.


USA: Obama a remis au dalaï lama la copie d'une lettre de Roosevelt de 1942
Le dalaï lama a raconté vendredi sa surprise lorsque Barack Obama lui a remis, lors de leur rencontre à la Maison Blanche, une copie d'une lettre perdue qui lui avait été adressée en 1942 par l'ancien président américain Franklin Roosevelt.
Roosevelt, qui a dirigé les Etats-Unis entre 1933 et 1945, avait envoyé cette missive et une montre en or Rolex au futur chef suprême du bouddhisme tibétain, alors âgé de 7 ans, dans le cadre d'efforts visant à développer les relations diplomatiques le Tibet.
"A cette époque, mon seul intérêt était la montre envoyée en cadeau, pas la lettre", a plaisanté le dalaï lama, 74 ans, lors d'une cérémonie tenue en son honneur à Washington.
"En fait, je ne sais pas où la lettre est passée. 68 ans plus tard, hier, le président Obama m'a donné une copie de la lettre", a raconté le prix Nobel de la Paix 1989, visiblement ravi.
Le dalaï lama, en exil en Inde depuis l'échec d'un soulèvement contre Pékin en 1959, a fréquemment raconté l'histoire de cette montre, expliquant que le cadeau avait développé son grand intérêt pour la science.


Le dalaï Lama reçoit une médaille pour la démocratie à Washington

Le dalaï lama, chef spirituel des Tibétains en exil, a reçu vendredi à Washington la médaille de la Fondation nationale pour la démocratie (NED), une organisation à but non lucratif financée par le Congrès des Etats-Unis.
Le prix lui a été remis dans la Librairie du Congrès, au lendemain de la rencontre entre le dalaï lama et le président Barack Obama à la Maison Blanche, qui a provoqué la colère de la Chine.
"En faisant preuve de courage moral et de confiance en soi face à la brutalité, aux injures, il a donné l'espoir, non seulement à son propre peuple, mais aussi à tous les peuples opprimés du monde", a déclaré le président de la fondation, Carl Gershman avant de remettre la médaille au leader tibétain.
Le dalaï lama, 74 ans, a pour sa part exprimé son admiration pour la démocratie américaine, affirmant en revanche que le système chinois était voué à l'échec.
"Je pense que le parti communiste chinois a fait beaucoup de mauvaises choses. Mais en même temps, ils ont largement contribué à faire une Chine plus forte", a-t-il déclaré.
"Je dis parfois que le moment est venu pour le parti communiste de se retirer avec dignité", a dit, en anglais, le prix Nobel de la Paix 1989, ajoutant en riant que les dirigeants chinois seraient "furieux" de l'entendre parler ainsi.
Le chef suprême du bouddhisme tibétain s'est également qualifié de marxiste et s'est dit pour un modèle de société offrant de fortes protection sociales, ajoutant sur le ton de la plaisanterie: "J'ai parfois l'impression que mon cerveau est plus rouge que celui des leaders chinois".


Birmanie: l'ONU repart encore une fois bredouille

RANGOUN, 21 fév 2010 (AFP) - La visite d'un émissaire des Nations unies en Birmanie s'est achevée sur un double échec, avec l'absence du moindre signe d'ouverture de la junte avant les élections promises cette année, et la confirmation de l'incapacité de l'ONU à peser sur le régime militaire.
Tomas Ojea Quintana, rapporteur sur les droits de l'Homme en Birmanie, a passé cinq jours entre Rangoun, la capitale Naypyidaw et la province de Rakhine (ouest) à rencontrer officiels, détenus et membres de l'opposition.
Mais l'Argentin, qui rapportera ses conclusions au Conseil des droits de l'Homme en mars, puis à l'Assemblée générale de l'ONU, n'a pas pu s'entretenir avec la figure de proue de l'opposition, Aung San Suu Kyi. Et il a été superbement ignoré par le généralissime Than Shwe, numéro un du régime.
Il a dû quitter le pays vendredi sans la moindre information sur la date des élections, attendues aux alentours de la fin de l'année et qui seraient les premières depuis 20 ans. Et il n'a reçu aucun signal que les militaires allaient libérer les prisonniers politiques: au contraire, pas moins de cinq dissidents ont été condamnés à de lourdes peines pendant son séjour.
"Ca ne s'est clairement pas bien passé", estime Benjamin Zawacki, expert de la Birmanie pour Amnesty International. "Même si le gouvernement a affirmé que la coopération avec les Nations unies constituait une pierre angulaire de sa politique étrangère, il est assez évident que ce n'est pas le cas".
Le calvaire de l'ONU en Birmanie ne date pas d'aujourd'hui. L'an passé, alors qu'Aung San Suu Kyi attendait son procès sous le regard exaspéré de la communauté internationale, Ban Ki-moon n'avait lui non plus rencontré ni la prix Nobel de la paix, ni le chef de la junte.
Vendredi, en toute logique, les commentaires de Tomas Quintana sonnaient
comme autant d'aveux d'impuissance. "Je n'ai reçu aucune indication que le
gouvernement avait la volonté de libérer les prisonniers de conscience. Le
gouvernement (...) n'accepte pas le fait qu'il (en) détienne", a-t-il admis.
"Il est bon que M. Quintana puisse rendre visite à des prisonniers et constater combien la situation est désastreuse, mais cela ne veut pas dire qu'ils vont être relâchés rapidement", estime aujourd'hui David Mathieson, de Human Rights Watch (HRW).
Aucune organisation internationale n'a accès aux quelque 2.100 prisonniers
politiques recensés en Birmanie. Mme Suu Kyi, dont la Ligue nationale pour la démocratie (LND) avait triomphé aux élections de 1990 sans jamais accéder au pouvoir, a été depuis privée de liberté pendant plus de 14 ans au total.
Et le dialogue politique engagé depuis quelques mois par les Américains n'a pour l'heure donné aucun résultat, de l'avis même de Washington.
"Ils n'ont fait absolument aucun progrès en matière de droits de l'Homme depuis un an", ajoute David Mathieson. La junte "manipule la scène intérieure et internationale pour créer l'illusion d'une lente progression vers la démocratie, mais il s'agit toujours du même système répressif en route vers des élections".
Les Nations unies n'ont manifestement aucune prise sur un régime entièrement contrôlé par Than Shwe, décrit par ses adversaires comme un homme reclus, paranoïaque et sous influence de l'astrologie.
Les condamnations de cinq dissidents -quatre femmes et un moine bouddhiste
- pendant le séjour de M. Quintana relèvent à ce titre d'une déclaration d'indépendance, estime Benjamin Zawacki.
Pour la junte, "c'est une façon de dire "ici, c'est nous qui prenons les
décisions"", explique-t-il. "Ceux qui attendent des changements fondamentaux
sur les droits de l'Homme via des visites de l'ONU ignorent l'Histoire des
vingt dernières années. Le changement ne peut venir que de l'intérieur".


Le rapporteur de l'ONU quitte la Birmanie sans avoir vu Aung San Suu Kyi

- Un haut responsable de l'ONU a quitté Rangoun vendredi après une visite de cinq jours consacrée aux droit de l'Homme en Birmanie, en évoquant sa profonde déception de s'être vu refuser par le régime militaire une rencontre avec l'opposante Aung San Suu Kyi.
L'Argentin Tomas Ojea Quintana, rapporteur de l'ONU sur les droits de l'Homme en Birmanie, n'a pu que constater son échec à convaincre la junte au pouvoir d'assouplir sa position, à quelques mois d'élections aux dates encore inconnues et dont la crédibilité est plus que jamais sujette à caution.
"Je regrette vivement que ma requête spéciale de rencontrer Mme Aung San Suu Kyi n'ait pas été accordée (...). Je suis déçu", a déclaré l'émissaire de l'ONU avant de partir pour Bangkok.
"Je suis déçu de n'avoir pas pu la rencontrer cette fois-ci, en cette période cruciale d'année électorale, les premières élections en vingt ans", a-t-il insisté.
Vendredi matin, M. Quintana s'est rendu à Naypyidaw, la nouvelle capitale du pays. Il a été reçu par les ministres des Affaires étrangères Nyan Win et de l'Intérieur Maung Oo. Mais il a été snobé par le généralissime Than Shwe, numéro un de la junte, connu pour son aversion de la diplomatie et qui n'avait pas daigné recevoir, l'an passé, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.
Le diplomate argentin comptait en revanche fermement rencontrer Mme Suu Kyi. La junte, habituée à réserver aux Nations unies un accueil des plus froids, n'a rien voulu entendre.
A défaut, il a pu s'entretenir avec des proches collaborateurs de l'opposante, notamment Tin Oo, numéro deux de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), libéré il y a une semaine à peine, ainsi qu'avec des détenus.
Les élections ont manifestement occupé une place de choix dans son programme. Plusieurs chancelleries ont récemment souligné combien la libération de Mme Suu Kyi et des quelque 2.100 prisonniers politiques du pays était essentielle à la crédibilité d'un scrutin dont l'opposante demeure, de toute façon, exclue par la Constitution de 2008.
Mais là encore, M. Quintana est reparti sur un constat d'échec. "Il n'y a à ce stade ni date, ni loi sur les élections", a-t-il expliqué.
"Je n'ai reçu aucune indication que le gouvernement avait la volonté de libérer les prisonniers de conscience. Le gouvernement (...) n'accepte pas le fait qu'il (en) détienne", a-t-il ajouté en réclamant la "libération immédiate" de la prix Nobel de la paix.
La Cour suprême doit se prononcer prochainement sur la requête que cette dernière a déposée contre sa condamnation en août à 18 mois supplémentaires d'assignation à résidence. Si elle purgeait sa peine actuelle, elle pourrait être libérée en novembre après avoir passé plus de 14 des 20 dernières années privée de liberté.
L'opposante ne s'est pas encore prononcée sur une participation de son parti à la consultation. La LND avait largement remporté les élections de 1990 mais n'a jamais été autorisée à exercer le pouvoir.
M. Quintana a par ailleurs évoqué le cas des minorités ethniques du pays, dont certaines sont en conflit armé avec la junte.
"La participation complète (aux élections) requiert que les voix de toutes les minorités soient entendues. Les élections seront une occasion pour le gouvernement d'améliorer les droits de l'Homme", a-t-il affirmé.
La présence de l'émissaire onusien toute cette semaine n'aura en tout cas pas ralenti l'activité des tribunaux. Lundi, quatre femmes accusées de trouble à l'ordre public ont été
condamnées à deux ans de travaux forcés. Mercredi, selon l'opposition, un moine bouddhiste s'est vu infliger sept ans de prison, énième victime de la répression contre les religieux depuis la "révolte safran" de 2007.


Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama

à l'occasion du 50e anniversaire du soulèvement national tibétain


CE JOUR marque le 50e anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain contre la répression communiste chinoise au Tibet. Depuis mars dernier, d'importants mouvements de contestation pacifique se sont manifestés dans tout le Tibet. La majorité des participants étaient des jeunes gens nés et élevés après 1959, qui ne connaissaient rien d'un Tibet libre. Toutefois, nous pouvons être fiers que leur action repose sur la ferme conviction, qui perdure d'une génération à l'autre, de servir la cause du Tibet. Cette action sera une source d'inspiration pour ceux qui, dans la communauté internationale, portent un intérêt tout particulier à la question du Tibet. Nous rendons hom mage et nous offrons nos prières à tous ceux qui sont morts, ont été torturés et ont enduré des souffrances terribles pendant la crise de l'année passée au nom de la cause tibétaine et depuis que notre lutte a commencé.

Vers l'année 1949, les forces communistes commencèrent à pénétrer dans les régions Nord-est et Est du Tibet (le Kham et l'Amdo) et, en 1950, plus de 5000 soldats tibétains ont été massacrés. Au vu de la situation qui régnait alors, le gouvernement chinois choisit une politique de libération pacifique, qui, en 1951, conduisit à la signature de l'Accord en 17 Points et de son annexe. Depuis lors, le Tibet se trouve placé sous le contrôle de la République populaire de Chine. Cependant, cet accord indiquait précisément que la religion, la culture et les valeurs traditionnelles du Tibet seraient préservées.

Entre 1954 et 1955, j'ai rencontré à Pékin la plupart des hauts dignitaires politiques et militaires du Parti communiste chinois, avec à leur tête le président Mao Tsétoung. Au cours des discussions concernant les moyens de stimuler le développement social et économique au Tibet, tout en y préservant le patrimoine religieux et culturel, Mao Tsétoung et tous les autres chefs acceptèrent la création d'un comité préparatoire pour la mise en place de la région autonome, comme le stipulait l'Accord, plutôt que l'établissement d'une commission administrative militaire. Mais à partir de 1956, la situation se détériora avec l'imposition au Tibet de politiques ultra-gauchistes avec pour résultat l'abandon des promesses faites et des décisions prises précédemment par les hautes autorités. La mise en place imposée de force de la prétendue “réforme démocratique” dans les régions du Kham et de l'Amdo au Tibet, qui était en totale décalage avec les conditions existantes, n'amena que chaos et destruction. Au Tibet central, les autorités chinoises violèrent les termes de l'Accord en 17 Points de façon délibérée et avec brutalité. Leurs tactiques agressives et violentes ne firent que s'aggraver de jour en jour. Ces tristes événements ne laissèrent au peuple tibétain qu'une seule alternative, celle d'un soulèvement pacifique le 10 mars 1959. Les autorités chinoises répondirent avec une violence sans précédent qui causa la mort, l'arrestation et l'emprisonnement de dizaines de milliers de Tibétains dans les mois qui suivirent. A la suite de quoi, accompagné par un petit groupe de hauts fonctionnaires du gouvernement tibétain, y compris quelques Kalons (ministres), je choisis l'exil vers l'Inde. A ma suite, presque cent mille Tibétains prirent le chemin de l'exil vers l'Inde, le Népal et le Bhoutan .. Durant leur fuite et au cours des mois qui suivirent, ils eurent à affronter des difficultés inimaginables, qui n'ont jamais été oubliées.

Une fois le Tibet occupé, le gouvernement communiste chinois s'engagea dans une série de campagnes violentes et répressives visant à instaurer la réforme démocratique, la lutte des classes, la création de communes populaires, la Révolution culturelle, la loi martiale, et plus récemment la rééducation patriotique et les campagnes “frapper fort”. Ces campagnes amenèrent un tel niveau de souffrance pour les Tibétains que leur vie devint littéralement un enfer. Le résultat immédiat de ces campagnes fut la mort de centaines de milliers de Tibétains. La lignée du Bouddha Dharma fut brisée. Des milliers de centres religieux et culturels, comme les monastères et les temples, furent complètement détruits. Des monuments et des bâtiments historiques furent démolis. Les ressources naturelles furent exploitées à tort et à travers. Aujourd'hui, le fragile environnement du Tibet est pollué ; la déforestation massive a détruit les forêts et la vie animale, le yack sauvage et l'antilope tibétaine notamment, sont menacés d'extinction.

Les 50 dernières années ont amené d'incroyables souffrances et la destruction à la terre et au peuple tibétains. Même aujourd'hui, les Tibétains au Tibet vivent dans un constant état de peur, faisant sans cesse l'objet de soupçon de la part des autorités chinoises. Aujourd'hui, la religion, la culture, la langue et l'identité, toutes choses que les générations successives de Tibét ains ont toujours considéré comme des biens plus précieux que leur propre vie, sont aussi menacés de disparaître. En bref, les Tibétains sont considérés comme des criminels qui méritent la mort. La tragédie du peuple tibétain a été rapportée au gouvernement chinois en 1962 dans la pétition (de 70000 caractères) du regretté Panchen Rinpotché. Ceci fut réitéré par lui dans un discours prononcé à Shigatsé en 1989, peu de temps avant sa mort ; il y disait notamment que ce que nous avons perdu sous l'autorité du régime communiste dépasse de loin ce que nous y avons gagné. De nombreux Tibétains, objectifs et concernés, se sont eux aussi exprimé sur les souffrances du peuple tibétain. Même Hu Yaobang, Secrétaire du Parti communiste, à son arrivée à Lhassa en 1980, a clairement admis ces erreurs et a présenté des excuses aux Tibétains. De nombreuses infrastructures telles que routes, aéroports, voies ferrées, etc..., qui semblent avoir apporté du progrès dans les diverses régions du Tibet, furent entreprises en réalité dans le dessein politique de siniser le Tibet. Le coût disproportionné en est la destruction de l'environnement et du mode de vie tibétain.

Quant aux réfugiés tibétains, bien qu'au début nous ayons eu à faire face à de nombreux problèmes, comme de grandes différences climatiques, des langues inconnues de nous et la difficulté de gagner notre vie, nous sommes parvenus à nous installer en exil. Grâce à la générosité des pays qui nous ont accueillis, de l'Inde en particulier, les Tibétains ont pu recommencer à vivre libres et sans peur. Nous avons pu subsister et préserver notre religion et notre culture. Nous avons pu offrir à nos enfants une éducation à la fois moderne et traditionnelle et nous avons entrepris des efforts pour trouver des solutions à la question du Tibet. Il y a eu encore d'autres effets positifs : une compréhension plus profonde du bouddhisme tibétain, avec son insistance sur la compassion, qui constitue une contribution positive de par le monde.

Immédiatement après notre arrivée en exil, je me suis mis à travailler pour promouvoir la démocratie au sein de la communauté tibétaine en établissant un Parlement tibétain en exil en 1960. Depuis lors, nous avons graduellement progressé dans la voie de la démocratie et aujourd'hui notre administration en exil est devenue une démocratie à part entière avec sa charte écrite et un corps législatif. Ceci est effectivement quelque chose dont nous pouvons tous être fiers.

Depuis 2001, nous avons institué un système par lequel le gouvernement politique des exilés tibétains est directement élu par un ensemble de procédures semblable à celles que l’on trouve dans les autres systèmes démocratiques. Actuellement, le Kalon Tripa (Premier ministre élu au suffrage direct) entame son second mandat. En conséquence, mes propres responsabilités administratives quotidiennes s'en trouvent réduites et aujourd'hui, je suis dans une condition de semi-retraite. Toutefois, travailler pour la juste cause du Tibet relève de la responsabilité de tout Tibétain et tant que je vivrai je servirai cette cause.

En tant qu'être humain, mon engagement majeur est de servir les valeurs humaines; c'est ce que je considère comme la condition essentielle à une vie heureuse au niveau individuel, familial et communautaire. Dans le cadre de ma pratique religieuse, mon deuxième engagement est la promotion de l'harmonie inter-religieuse. Mon troisième engagement est bien sûr la question du Tibet. Cela se justifie en premier lieu parce que je suis tibétain et que l'on m'appelle Dalaï-Lama; d'une façon plus importante, cela s'explique par la confiance que les Tibétains, à l'intérieur comme à l'extérieur du Tibet, m'accordent. Voilà donc les trois engagements majeurs que je garde toujours présents dans mon esprit.

En plus de veiller au bien-être de la communauté tibétaine en exil, et elle va tout à fait bien, la mission principale de l'administration centrale tibétaine a été de travailler à la résolution de la question du Tibet. Après avoir mis au point, en 1974, la politique de la Voie Médiane, mutuellement favorable, nous étions prêts à répondre positivement à la proposition de pourparlers émise par Deng Xiaoping en 1979. De nombreuses conversations se succédèrent et des délégations d'enquêtes furent envoyées. Malheureusement, celles-ci n'apportèrent aucun résultat concret et les contacts formels furent interrompus en 1993.

Ensuite, en 1996-97, nous avons effectué un sondage d'opinion auprès des Tibétains en exil et rassemblé des suggestions au Tibet, lorsque cela était possible, concernant une proposition de referendum permettant aux Tibétains de déterminer, à leur gré, la direction future de notre lutte pour la liberté. A la lumière des résultats obtenus et des suggestions venues du Tibet, nous décidâmes de poursuivre la politique de la Voie Médiane.

Depuis que les contacts ont été rétablis en 2002, nous en tenant au seul canal officiel et suivant un programme unique, nous avons participé à une série de 8 rencontres avec les autorités chinoises. De surcroît, nous avons présenté un Memorandum sur une Autonomie réelle pour le peuple tibétain, en précisant que les conditions de l'autonomie de région au plan national, telle qu'elle est exprimée dans la Constitution chinoise, seraient réalisées grâce à la mise en place de ses lois sur l'autonomie. L'insistance chinoise à nous faire accepter le Tibet comme faisant partie de la Chine depuis des temps réculés est non seulement fondée sur une erreur, mais elle est également déraisonnable. Nous ne pouvons pas changer le passé, qu'il ait été bon ou mauvais. Déformer l'histoire est inconvenant.

Nous devons regarder de l'avant et nous employer au bien-être de tous. Nous, Tibétains, recherchons une autonomie légitime et positive, un accord par lequel les Tibétains pourraient vivre à l'intérieur des structures de la République populaire de Chine. Satisfaire aux aspirations du peuple tibétain permettra à la Chine de trouver stabilité et unité. De notre côté, nous n'exprimons aucune revendication se fondant sur l'histoire. Si l'on se reporte à l'histoire, il n'existe aucun pays au monde aujourd'hui, et cela inclut la Chine, dont le statut territorial soit demeuré de tout temps inchangé et aucun qui puisse demeurer inchangé.

Notre souhait que tous les Tibétains soient réunis sous l'autorité d'une administration autonome unique s'accorde avec l'objectif même du principe de l'autonomie de région au plan national. Cela répond aux besoins fondamentaux des deux peuples, tibétain et chinois. La constitution chinoise, ainsi que des lois et règlementations s'y référant, ne s'opposent en rien à cette réalisation et de nombreux leaders du gouvernement central chinois ont admis cette aspiration profonde. Au moment de la signature de l'Accord en 17 Points, le Président Zhou Enlai a reconnu que cela était une demande raisonnable. En 1956, au moment de la constitution du Comité préparatoire pour la Région autonome du Tibet, le Vice-Président Chen Yi, en montrant une carte, déclara que si Lhassa pouvait devenir la capitale de la Région autonome du Tibet, rassemblant les régions tibétaines des autres provinces, cela contribuerait au développement du Tibet et de l'amitié entre les peuples tibétain et chinois. C'était là une opinion partagée par le Panchen Rinpotché et nombre de cadres et érudits Tibétains. Si les leaders chinois avaient eu des objections à nos propositions, ils auraient pu à ce moment-là donner leurs raisons et offrir d'autres alternatives, mais ils ne le firent pas. Je suis déçu que les autorités chinoises n'aient pas répondu de façon appropriée à nos efforts sincères pour la réalisation du principe d'une vraie autonomie régionale nationale pour tous les Tibétains, dans le cadre de la constitution de la République populaire de Chine.

En dehors du fait que le processus actuel de dialogue sino-tibétain n'a apporté aucun résultat concret, nous avons assisté à une réaction brutale aux manifestations tibétaines qui ont bouleversé l'ensemble du Tibet depuis le mois de mars de l'année dernière. C’est afin de recueillir l'opinion de tous sur la voie à suivre pour l'avenir, que nous avons tenu une Réunion spéciale des Tibétains en exil en novembre 2008. Nous nous sommes aussi efforcés, dans la mesure du possible, d'obtenir des suggestions de la part des Tibétains au Tibet. Le résultat de cette enquête a montré que dans leur grande majorité les Tibétains sont très favorables à la continuation de la politique de la Voie Médiane. Nous gardons donc le cap de cette politique avec une conviction renouvelée et nous poursuivons nos efforts en vue de la création de l'autonomie régionale reconnue au plan national pour tous les Tibétains.

Depuis des temps immémoriaux, les peuples tibétain et chino is sont voisins. A l'avenir aussi, nous devrons vivre ensemble. Il est donc impératif que nous co-existions dans l'amitié.

Depuis l'occupation du Tibet, la Chine communiste a sans cesse publié une propagande mensongère sur le Tibet et son peuple. C'est pourquoi, au sein des populations chinoises, bien peu de Chinois ont une compréhension précise du Tibet. Il est, en vérité, bien difficile pour eux de connaître la vérité. De plus, les leaders ultra-gauchistes chinois ont depuis mars de l'année dernière entrepris une immense campagne de propagande dans l'intention de diviser les deux peuples et de créer de l'animosité entre eux. Il est triste de constater que cet effort a porté ses fruits en créant dans l'esprit de nos frères et soeurs chinois une impression négative des Tibétains. C'est pourquoi, comme je l'ai déjà fait de nombreuses fois, je voudrais à nouveau recommander à nos frères et soeurs chinois de ne pas se laisser influencer par une telle propagande, mais au contraire de tenter de découvrir de façon impartiale les faits concernant le Tibet de façon à empêcher toute division entre nous. Les Tibétains doivent aussi s'efforcer de faire naître un lien d'amitié avec le peuple chinois.

Si l'on regarde les cinquante dernières années d'exil, on voit que nous avons traversé des hauts et des bas. Cependant, le fait que la question du Tibet soit toujours dans l'actualité et que la communauté internationale y prenne un intérêt sans cesse croissant est en soi une réussite. Si l'on considère la situation dans cette perspective, je suis certain que la justice prévaudra à la condition de rester sur la voie de la vérité et de la non-violence.

Alors que nous commémorons 50 ans d'exil, il nous faut avant tout exprimer notre profonde gratitude aux gouvernements et aux peuples des différents pays qui nous ont accueillis et où nous vivons. Non seulement nous nous conformons aux lois de ces pays d'accueil, mais nous nous conduisons de façon à constituer une valeur positive pour ceux-ci. De même, dans nos efforts pour faire aboutir la cause du Tibet et maintenir sa religion et sa culture, il nous faut définir notre vision future et notre stratégie en nous inspirant de notre expérience passée.

Je dis toujours qu'il nous faut espérer le meilleur et nous préparer au pire. Que nous nous placions dans une perspective mondiale ou dans le contexte des événements en Chine, nous avons des raisons d'espérer une résolution rapide de la question du Tibet. Mais nous devons en même temps nous préparer à l'éventualité d'une lutte qui durerait longtemps. Pour cela, nous devons nous concentrer essentiellement sur l'éducation de nos enfants et la formation de professionnels dans des secteurs variés. Nous devons aussi nous concentrer sur l'environnement et la santé et pousser notre compréhension et notre pratique des méthodes de non-violence au sein de toute la population tibétaine.

Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée ici pour exprimer toute ma gratitude envers les chefs de gouvernement des états, le gouvernement central et le peuple Indien, qui, en dépit des difficultés et obstacles auxquels ils ont à faire face, ont toujours offert soutien et assistance aux Tibétains en exil au cours de ces 50 années. Leur gentillesse et leur générosité est immense. Je voudrais aussi remercier les responsables, les gouvernements et les peuples qui forment la grande communauté internationale, ainsi que les nombreux groupes de soutien au Tibet, pour leur soutien indéfectible. Puissent tous les êtres vivants vivre dans la paix et le bonheur.

Sa Sainteté le Dalaï Lama

Le 10 mars 2009

Traduit de l’anglais en français par le Bureau du Tibet, Paris.

 

 

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