| Les
Bouddha de la Sagesse

On les appelle les Dhyâni-Bouddhas. Symboles des cinq
familles de Bouddhas (Buddhakula) : Bouddha, Vajra, Ratna, Padma,
Karma, ils représentent les "portes" du mandala
tridimensionnel au delà duquel tout retourne à
la vacuité.
Dans le Vajrayana, les cinq qualités
de l'énergie-sagesse sont représentées
dans le mandala de cinq Tathagata, les êtres parvenus
à la libération suprême.
Le mandala est la représentation des forces invisibles
qui régissent le cosmos sous forme d'un cercle entourant
un carré divisé par ses diagonales, où
s'inscrit un cercle central. Son coeur symbolise l'idée
du Un d'où jaillissent les émanations qui animent
et organisent toutes les directions de l'espace. Le mandala
est le Tout, un tout qui se reflète aussi dans l'homme.
Les cinq Bouddha expriment la totalité de la réalité,
se manifestant autant dans les émotions qui emprisonnetn
l'être dans le Samsara qu'à travers les Cinq Connaissances
ou Sagesses (Jnana) qui l'endélivrent. Les quatre premières
Sagesses correspondent aux Bouddha des points cardinaux, disposés
en croix autour du centre qui est leur synthèse.
Le premier des cinq Tathagata est Vairochana,
placé au milieu du mandala. Il incarne dans le monde
de Samsara l'ignorance (avidya) cause du cycle des naissances,
mais aussi la Sagesse de l'Ultime Réalité. Etant
la figure originelle, sa famille est celle du Tathagata ou du
Bouddha. Son symbole est la roue du dharma (dharmachakra), à
huit rayons qui symbolisent le Noble Octuple Sentier et la doctrine
prêchée par le Bouddha. La famille de Bouddha est
la fondation ou terrain de base l'oxygène qui permet
de respirer. Il est calme et stable. Il est lié à
la qualité fraîche et vaste du ciel, sa couleur
est le bleu (parfois interverti avec le blanc de la famille
de l'Est).
Sur la face Est se trouve Akshobya, seigneur
de la famille de Vajra, dont l'énergie négative
est la colère qui se transmute en "Sagesse semblable
au miroir". Son symbole est le vajra (dorje en tibétain),
le diamant, symbole de l'indestructible détermination
de l'esprit qui conduit à la victoire de la connaissance
sur l'ignorance et de la Vérité qui ne peut être
anéantie. Vajra est en rapport avec l'Est, l'aube, l'hiver
et la couleur blanche. "Elle est comme l'eau qui, nébuleuse
et turbulente, symbolise la nature agressive et défensive
de la colère tandis que l'eau claire suggère la
réflexion aiguë, précise et claire de la
Sagesse semblable au miroir"
Sur la face Sud est représenté
Ratnasambhava, le seigneur de la famille de Ratna. De couleur
jaune, il incarne l'orgueil en même temps que son antidote,
la Sagesse de l'Equanimité qui pénètre
tout. Le symbole de ratna est le chintamâni, "le
joyau qui exauce tous les désirs". Il symbolise
la pureté de l'esprit et la perle magique de la Connaissance
de la Loi bouddhique qui clarifie le coeur. Il est lié
à la terre, à l'automne, à la fertilité,
à la richesse dans le sens de la générosité
continuelle. Il est jaune en relation avec les rayons de soleil,
l'or, l'ambre et le safran. "Il est mûr et terrestre
comme un arbre gigantesque qui s'abat sur le sol, commence à
pourrir, à ce couvrir de champignons et est enrichi par
les herbes qui poussent autour de lui".
Sur la face Ouest, apparaît Amitabha
de la famille de Padma, le lotus. Avec sa couleur rouge, il
symbolise la passion, le désir de possession auquel correspond
la Sagesse de la Conscience discriminante capable de le transmuter.
Son symbole est le lotus rose (padma) qui représente
la régénération spontanée et la
naissance divine. Ses huit pétales correspondent au Noble
Octuple Sentier, sa feuille symbolise la matrice. Lorsque les
vertus de Bouddha se développent, le lotus s'épanouit.
Il est lié à l'Ouest, la couleur rouge et le feu.
Dans la confusion, le feu détruit tout ; dans la conscience
éveillée, la chaleur de la passion est transmutée
en chaleur de la compassion. Il est lié au début
du printemps. "C'est un espace de prairies semées
de beaux rochers où les jeunes animaux aiment à
jouer"
Sur la face nord se trouve Amoghasiddhi, de
la famille du karma, au corps de couleur verte. Il est associé
à l'émotion de la jalousie (paranoïa absolue)
qui se transmute en Sagesse de l'Action Accomplissant Tout.
Il est lié au vent. Son symbole est le karmavajra, le
double vajra mis en croix. Il représente les Quatre Connaissances
et la roue de la Loi. Karma suggère l'été,
lorque toute activité est efficace. "Des millions
d'actions interconnectées prennent place : les choses
vivantes se développent et tout est accompli au moment
juste. (...) Sa couleur est le vert des légumes et des
herbes, de l'énergie de la croissance. Son heure est
le crépulscule, la fin du jour et le début de
la nuit"
Le maître donnera au disciple un mandala
associé à l'énergie de l'une des cinq familles,
selon ce qu'il devra travailler en lui. Le travail commence
par l'identification de ses émotions particulières
afin de les transmuter par la suite dans la sagesse correspondante.
"Celui qui se libère de la peur et de l'espoir,
du mal et de la vertu, réalisera la nature insubstantielle
et sans fondement de la confusion. Le Samsara lui apparaîtra
comme le Mahamudra (doctrine du grand sceau) lui-même".
L. Winckler
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Le
Bön, ancienne religion prébouddhique de l'Asie Centrale
et du Tibet

Alors que le bouddhisme au Tibet se réfère historiquement
à l'Inde ancienne et au Bouddha Sakyamouni, le Youngdroung
Bön est relié à l'ancien Tazig dans la lointaine
Asie centrale et au Bouddha Tönpa Shenrab apparu selon
la tradition bönpo des milliers d'années avant le
fameux Bouddha de l'Inde du nord.
Pour
beaucoup en Occident le bouddhisme est la seule religion du
Tibet. Cependant, si celui-ci, apparu au VII siècle après
Jésus-Christ, devint la foi religieuse dominante, il
existait et existe toujours au Tibet une religion considèrablement
antérieure à l'apparition du bouddhisme, appelée
Bön. Le Bön possède une histoire dont les origines
remontent si loin que nos conceptions chronologiques s'en trouvent
bouleversées. Cette religion ancienne existait dans le
royaume du Shang Shoung avant l'apparition du bouddhisme alors
que le pays était dirigé par une dynastie de rois
qui s'est éteinte au VIIIème siècle lorsque
le dernier roi Ligmincha fut assassiné sur ordre du roi
du Tibet et que le Shang Shoung fut militairement annexé
au Tibet. Depuis, le Shang Shoung devint graduellement de plus
en plus tibétain. Sa langue, sa culture et nombre de
ses croyances furent intégrées dans le cadre général
de la culture tibétaine. Les relations entre bönpos
et bouddhistes furent d'essence conflictuelle comme en témoignent
les persécutions et les conversations forcées
dont les bönpos firent l'objet au cours de leur longue
histoire.
Les
bönpos reconnaissent ouvertement Shakyamouni, ainsi qu'un
personnage apparu plus tardivement, Padmasambhava. Pour les
bönpos, le Dharma, qu'il soit appelé Chos ou Bön
en tibétain, n'est pas sectaire mais représente
véritablement une révélation primordiale
qui se manifeste encore et encore au cours du temps et de l'histoire,
le Dharma n'étant pas uniquement le produit d'une période
historique donnée, c'est-à-dire l'Inde du Nord
au VIe siècle avant J-C. En outre, toutes les écoles
bouddhiques tibétaines, même les Gelugpas, adoptèrent
nombre de pratiques bönpos, comme par exemple la pratique
du lubum. Aussi, le bouddhisme tibétain est-il fortement
imprégné de cette religion ancestrale vieille
de 8000 ans !
Le
rôle des bönpos dans le développement de la
culture tibétaine est immense, néanmoins, pendant
longtemps, les chercheurs occidentaux n'ont vu dans le Bön
qu'une forme hétérodoxe du bouddhisme alors que
celui-ci constitue bel et bien une tradition distincte. Il aura
fallu attendre les années 60 et les travaux de l'éminent
tibétologue David Snellgrove qui fut le premier érudit
occidental à entreprendre une étude sérieuse
de la tradition à partir d'un texte original bönpo,
tout en consultant un érudit bönpo tibétain,
Lopön Tenzin Namdak, qualifié par le Dalaï
Lama d'encyclopédie vivante. Depuis, des chercheurs,
ont, par leurs articles et leurs livres, apporté une
contribution majeure à notre compréhension du
Bön, son histoire et l'héritage culturel incommensurable
qu'il représente.
Les
origines
Alors
que le bouddhisme au Tibet se réfère historiquement
à l'Inde ancienne et au Bouddha Sakyamouni, le Youngdroung
Bön est relié à l'ancien Tazig dans la lointaine
Asie centrale et au Bouddha Tönpa Shenrab apparu selon
la traddition bönpo des milliers d'années avant
le fameux Bouddha de l'Inde du nord.
Le
Bön ne tire donc pas son origine du Tibet. On dit qu'il
vient d'Olmo Lung Ring, connu aussi sous le nom de Shambhala.
Diffusé dans plusieurs contrées, cet enseignement
arriva finalement à Tazik (identifié comme la
Perse) puis à Gilgit, dans la vallée de Swat,
au Cashemire, puis au Shang Shoung et plus tardivement au Tibet.
Le
Bouddha Bön
Selon
la religion Bön, il y a environ 8.000 ans le Seigneur Tönpa
Shenrab Miwoche naquit dans la région d'Olmo Lung Ring
qui appartenait à un plus grand pays appelé Tazig.
Tönpa Shenrab naquit prince, se maria jeune et eut des
enfants. A l'âge de 31 ans il renonça au monde
et vécut dans l'austérité en enseignant
la doctrine. Pendant toute sa vie, ses efforts pour diffuser
la religion Bön furent entravés par le démon
Khyabpa Lagring que finalement il convertit et transforma en
son disciple. Un jour, Tönpa Shenrab qui poursuivait ce
démon pour récupérer ses chevaux dérobés
arriva à l'ouest du Tibet actuel. Ce fut sa seule visite
au Tibet. A cette occasion il donna des instructions pour effectuer
des rituels mais en général estima que les Tibétains
n'étaient pas prêts à recevoir d'autres
enseignements. Avant de quitter le pays il prophétisa
que son enseignement s'épanouirait au Tibet en temps
voulu.
Trois sortes de Bön
Si
ce terme unique recouvre trois sens, la coupure n'est bien sûr
pas totale et l'on retrouve des éléments communs
à la tradition ancienne et la tradition tardive du Bön.
Quoi qu'il en soit, ce terme a été largement utilisé
pour désigner la religion ancienne que l'on divise en
trois formes :
1.
Le Bön Primitif qui correspond plus ou moins au chamanisme
ancien et à l'animisme de l'Asie du Nord. Celui-ci représente
le culture religieuse du Tibet avant que sa population ne tombe
sous l'influence du Yungdrung Bön venant de Tazig et de
Shang Shoung à l'ouest et plus tard, du bouddhisme indien
qui vint du sud.
2. Le Bön
éternel ou Yungdrung Bön, la voie spirituelle vers
la libération et l'éveil enseignée par
Tönpa Shenrab au Tazig (Asie Centrale), par la suite étendu
à l'ancien royaume de Shang Shoung au Tibet Occidental.
De là, il se diffusa au Tibet Central où il n'a
cessé de prospérer jusqu'à ce jour. Cette
tradition extraordinaire présente une vitalité
étonnante et depuis les années 90 commence à
connaître une certaine diffusion en Occident.
3. Le Bön réformé apparu au XVe siècle
de notre ère est très semblable au bouddhisme
tibétain, en particulier à l'école Nyingmapa.
Mutsuk
Maro
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