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HICH THIÊN CHÂU : LA MORT SELON LES BOUDDHISTES


Que se passe-t-il au moment de la mort ? Mais sait-on au juste ce qu’est la mort et quand elle apparaît vraiment ?
Le point de vue du vénérable Tich Thiên Châu, moine vietnamien.
Les phénomènes psychophysiques qui nous constituent naissent et meurent perpétuellement, à chaque instant pendant toute la durée de cette vie. En d’autres termes, la dissolution et la disparition sans cesse répétée de chaque combinaison psycho -physique momentanée.
A propos de l’instantanéité de l’existence, Buddhagosa a écrit, dans le Visuddhimagga, VIII : "Au sens absolu, nous n’avons qu’un temps de vie très court. La vie ne dure que le temps d’un unique instant de conscience. Tout comme la roue d’un chariot, qu’il roule ou soit immobile, ne s’arrête jamais que sur un point de la jante. Ainsi, la vie d’un être ne dure qu’un unique instant de conscience. Dès que cesse cet instant, l’être cesse aussi". La biologie nous informe aussi qu’en un an 98% des cellules de notre corps changent. Ainsi, la mort en tant que rupture des facultés vitales d’une forme d’existence n’est que l’interruption temporaire d’une forme, d’une apparence ; elle n’est pas l’annihilation complète d’un individu ; elle est, bien plutôt, la manifestation du passage immédiat à une autre existence. Seules les formes des organismes cessent de fonctionner, mais l’énergie, la soif d’existence inclue dans la force karmique, continue de se manifester dans une autre forme de vie. En conséquence, la loi de cause à effet opère sans interrompre les processus de vie.
L’individu est toujours responsable de ses actions et héritera de leurs résultats. En examinant la mort (la conception de la mort dans le Bouddhisme) à l’aide de ces points de doctrine, nous considérons de toutes façons la mort comme un phénomène aussi normal que la naissance. Sur ce sujet, voyons les explications du Bouddhisme concernant ce qui se passe au moment de la mort.
Généralement les gens sur le point de mourir étant physiquement faibles, ne peuvent contrôler ou diriger leurs pensées. Aussi, des impressions provoquées par des événements importants de leur vie présente ou de leurs existences passées, apparaissent activement dans leur esprit qui se trouve incapable de les rejeter.
Ceci constitue les trois sortes de pensées au moment de l’approche de la mort :
1. Le souvenir d’actions importantes, bonnes ou mauvaises, accomplies précédemment (karma)
2. Le symbole de ces actions (Kammanimitta), par exemple, le fusil avec lequel on a tué quelqu’un.
3. L’image de l’endroit où l’on doit renaître (gatini mitta), par exemple le lieu de souffrance extrême (naraka) pour les meurtriers, ou le lieu bienheureux (devaloka) pour les généreux.
Ces trois objets de pensée que l’on ne peut choisir consciemment apparaissent clairement dans l’esprit au moment de la mort. Ces pensées à l’approche de la mort constituent des actions près de la mort (maranasanna kamma) influençant et déterminant le caractère de l’existence à venir de la même façon que la dernière pensée précédant le sommeil peut devenir la première pensée au réveil.
De même, les actions les plus importantes d’une vie (garuka kamma), ainsi que les actions habituelles, bonnes ou mauvaises deviennent les pensées actives et prédominantes dans les dernières minutes. Si quelqu’une de ces actions est absente au moment de la mort, l’action cachée (katatta kamma) constitue la force qui produit la naissance. Il y a ainsi quatre catégories d’actions (Kamma) qui conditionnent l’apparition des pensées qui précèdent le mort. Après que ce processus de pensée soit apparu dans la conscience directrice (tadalambana) dont la fonction est d’enregistrer les impressions réelles, la pensée de la mort (cuticitta) advient. C’est la fin de cette existence.
Du raisonnement aux preuves "Que se passe-t-il après la mort ? " A ce propos, le Bouddha a exposé la "doctrine de la renaissance". Cette doctrine a son origine dans l’illumination du Bouddha et non dans aucune des croyances pré-bouddhistes avec lesquelles elle a souvent été, à tort, confondue. D’après cette doctrine de la renaissance, la mort est une porte qui s’ouvre sur une autre forme de naissance. Les deux existences sont réunies par la conscience de renaissance (patisandhi-vinnana) qui est conditionnée par la pensée précédant la mort (maranasanna javanacitta) et qui réapparaît au moment de la conception, c’est à dire avec la formation d’une nouvelle vie dans la mère. Cette conscience est identifiée comme "l’être à naître" (gandhabha). Immédiatement après, elle disparaît dans le courant subconscient de la nouvelle vie (bhevangasota) qu’elle conditionne sans interruption. C’est ainsi la conscience de renaissance qui détermine le caractère latent d’un individu. Il faut remarquer que le Bouddhisme ne dénie nullement l’hérédité parentale, mais insiste sur le fait que l’hérédité essentielle est la force karmique incluse dans le troisième facteur, qu’on appelle couramment "l’être à naître" (gandhabha), de la conscience de renaissance. De la mort à la renaissance, le courant de conscience est transmis sans l’intervention d’aucun intermédiaire (antarabhava). De même, la conscience de renaissance ne transmigre jamais d’une existence passée à une existence ultérieure. Il peut être utile de comparer cela à des phénomènes tels que l’écho, la lumière d’une lampe, l’impression d’un sceau ou l’image dans un miroir. Les deux existences consécutives ne sont ni identiques ni différentes (Milindapanha p. 40).
Comme la conscience de renaissance est conditionnée par la force karmique, on peut renaître après la mort dans l’une ou l’autre des cinq possibilités suivantes :
1. le lieu de souffrance extrême ?
2. le règne animal ?
3. les esprits ?
4. l’humanité ?
5. les mondes célestes.
Il est bon de dire à ce propos que la doctrine de la renaissance qui est une théorie de la continuité de l’être après la mort, est différente de la doctrine de la réincarnation ou de la transmigration Hindoue ; car c’est en effet une doctrine séparée et tenant le milieu entre les deux extrêmes : la théorie de l’éternité (sassataditthi) qui admet l’existence d’un ego persistant ou d’une personnalité existant indépendamment de ses processus psychophysiques. La théorie de l’anihilation (uccedaditthi) qui, à l’opposé, admet l’existence d’un ego ou d’une personnalité qui s’identifie entièrement à un processus psycho-physique et, par conséquent, est annihilé par la mort. La doctrine de la renaissance n’est pas un dogme qui doit être accepté d’avance, mais plutôt un principe qui peut être vérifié. Les 20 cas de renaissance recueillis et analysés par le Docteur Ian Stevenson Department of Neurology and Psychiatry School of Medicine, University of Virginia, et publiés sous le titre de "20 cases suggestive of reincarnation" en constituent une preuve.

Par Tich Thien Châu
Bouddhisme Actualités


Kannon, bodhisattva de la compassion

La religion populaire l’a parfois surnommée la déesse de la compassion. Vénérée en Chine, au Vietnam, au japon et au Tibet, Kannon a pris de nombreux aspects et de noms pour venir en aide à ceux qui l’invoquent.

Par Bouddhisme Actualités
Sans son symbolisme, Kannon est l’une des principales émanations de la compassion du Bouddha, l’autre étant représentée par le bodhisattva Manjusri.
Kan signifie : observer ; on signifie le son. Kannon, c’est celle qui entend les cris du monde. Au Japon, on l’appelle habituellement Kannon, mais elle change de nom et de forme selon les pays où elle est vénérée.
En Inde, Kannon prend la forme d’un beau prince, Avalokitesvara, le " Seigneur qui regarde vers le bas " ou encore " Celui qui entend les supplications du monde ". Avalokitesvara est représenté comme un homme, encore que ses formes, assez douces et arrondies généralement, évoquent les formes féminines. Sur son chignon, il porte l’effigie du Bouddha Amitabha, maître de la Terre pure. Dans une main, il tient une fleur de lotus, symbole de l’esprit d’Eveil ; l’autre main forme le moudra de la non-peur. Mais nous verrons plus loin qu’il peut avoir de nombreuses autres représentations.
Au Tibet, c’est Chenrézi, " Celui qui regarde avec des yeux clairs ". Dans sa représentation la plus connue, il est doté de quatre bras et repose sur un lotus. C’est le père fondateur du peuple tibétain, le Karmapa et le Dalaï Lama en sont l’émanation.
En Chine, Kuan-yin, sous l’influence du tantrisme et du taoïsme, devient femme. Dans le tantrisme, en effet, tout bouddha ou bodhisattva a sa compagne féminine ; la femme représente la sagesse, l’homme la compassion, l’union des deux étant l’éveil. Au Japon, aussi, Kannon est représenté sous des traits féminins.
Les différentes formes de Kannon

Homme ou femme, le bodhisattva de la compassion revêt différentes formes. Il est parfois doté de mille bras et mille yeux (il voit tout et agit sur tout), parfois de onze visages et mille bras. On le représente, dans l’iconographie ou la statuaire, debout sur un nuage, ou chevauchant un dragon ou encore debout sur un rocher au milieu des vagues déchaînées. Tantôt il arbore une tête de cheval et chevauche un lion - image terrible -, tantôt il tient un filet et une corde pour étendre sa compassion sur tous les êtres.
Kannon est compassion agissante. Elle revêt une infinité de formes ; elle est muso, non-posture, non-forme. Elle est libre de prendre toutes les formes, d’apparaître à tout moment et en tout lieu.
Kanjisai bosatsu

Autre forme de Kannon, Kanjisai, bodhisattva de la vraie liberté, celui que l’on invoque au début de l’Hannya Shingyo. Parce qu’il comprend, par l’observation de zazen, que toutes les perceptions et tous les phénomènes sont sans substance, ku, vacuité, il demeure tranquille et sans crainte, mushotokou, sans ego. Parce qu’il n’est pas mené par les phénomènes, il incarne la vraie liberté. Parce qu’il réalise que toutes les souffrances sont ku, il aide, résout et coupe, par cette compréhension, la racine de toutes les souffrances.
Le Kannon Gyo

On ne peut parler du bodhisattva de la compassion sans évoquer le Karman Gyo, 25e chapitre du Soutra du Lotus, l’un des principaux soutras du Mahayana. Avec l’Hannya Shingyo, le Kannon Gyo est le soutra le plus répandu au Japon. On peut dire que le premier est masculin, le second féminin. Bouddha s’adresse à Mujini, bodhisattva de la compréhension parfaite : " Si les êtres sensibles prononcent le nom de Kannon, en grande concentration et mushotokou, ils peuvent atteindre la parfaite liberté. " Si on se concentre sur le nom de Kannon, on peut aller au-delà de tous les périls et de tous nos démons. " Lorsque Kannon veut éduquer, apporter son aide, elle se métamorphose et transmet le Dhar . " Bouddha ou démon, prostituée ou porteuse de poissons, Kannon prend une forme différente pour chaque être à qui elle apporte son aide. Nous-même, dans chaque situation différente, manifestons des formes différentes de Kannon.
Nous-même, lorsque nous sommes mushotokou, sans ego, lorsque nous consacrons notre vie au Dharma, nous sommes Kannon. Tout devient alors Kannon, non-peur, grand bonheur, liberté infinie. Comme Kannon, le bodhisattva joue sur la Voie, en parfaite liberté de forme, de lieu, de temps. Il réalise gan, le grand voeu pur du bodhisattva.
Le pouvoir de Kannon

Le texte du Kannon Gyo est d’une grande beauté poétique : " Si vous êtes cernés par des animaux féroces, que leurs crocs aiguisés et leurs griffes acérées vous terrorisent, à ce moment-là, si vous vous concentrez sur le pouvoir de Kannon, ces démons s’enfuiront au loin... Si vous êtes cernés par des voleurs, des assassins et des brigands et que chacun d’eux brandit une épée et vous menace, à ce moment-à, si vous vous concentrez sur le pouvoir de Kannon, chacun d’eux sera animé de l’esprit de compassion... "
Nen pi Karman riki : se concentrer sur le pouvoir de Kannon. Ce mantra revient douze fois dans le poème. Se concentrer sur le pouvoir de Kannon, c’est alléger son esprit, abandonner l’ego, s’harmoniser avec le pouvoir cosmique. Par le pouvoir de mushotokou, de hishiryo, Kannon apparaît en nous et l’égoïsme s’évanouit. On peut alors résoudre toutes les difficultés. Un ancien disciple me racontait qu’à l’époque où Maitre Deshimaru commentait ce soutra, il lui dit un jour en sortant du dojo : " Mais, Sensei, nous sommes des Occidentaux, nous ne pouvons pas croire à ces histoires... " Sensei lui répondit : " C’est mieux de croire que de ne pas croire ". La foi est importante, c’est le non-doute, la non-peur : foi dans notre nature de Kannon. Animé de cette foi, le bodhisattva peut réaliser son grand voeu et sauver toutes les existences.
" Progressivement, tout s’évanouira et apparaîtra la sagesse illimitée, l’observation compatissante qui fait décroître les souffrances et apporte la joie et le bonheur. Le pur et saint esprit de Kannon procure une grande aide dans la souffrance.
Il possède tous les mérites et vertus et regarde tous les êtres sensibles avec des yeux compatissants, L’océan du bonheur est infini... Dans tous les pays du monde le corps de Kannon se réalise. "
On doit donc à Kannon la plus grande vénération.
"Zen" Avec l’aimable autorisation de l’AZI
Mars 2001


Kinh Tam, la jeune fille qui avait usurpé la robe de moine

La tradition bouddhique dans le Sud-Est asiatique se transmet de différentes façons dans le peuple. Mimes, marionnettes, contes, chansons, danses sont autant de moyens d’expression pour transmettre, de génération en génération, les légendes et autres histoires fictives ou réelles ayant un lien avec le Dharma. Au Vietnam, le théâtre, est un outil de cette transmission.

Par Bouddhisme Actualités
Au Vietnam, Quan Am Thi Kinh est le personnage principal d’une pièce de théâtre et d’un roman du même nom. Dans cette pièce, qui date du XVe ou XVIème siècle, plusieurs parties sont chantées en hanh (chant des moines) ou en kê (gâtha). Les linguistes, en comparant les deux textes, ont pu déterminer que la pièce de théâtre a été créée et jouée au sein de la classe paysanne et que le roman est l’oeuvre d’un lettré compétent à la fois en confucianisme et en bouddhisme. Le théâtre, par le mouvement des acteurs, les dialogues plus " imagés " est un moyen de communication plus efficace pour transmettre les éléments de la culture religieuse. Les moines l’avaient parfaitement compris et encourageaient les acteurs autant qu’ils le pouvaient.
Dans le roman, dont la rédaction est plus tardive (probablement vers le XVIIème siècle) l’histoire de Quan Am Thi Kinh est plus complexe. De fait, en dehors des lettrés appartenant aux classes dominantes, le texte ne connût jamais la même popularité.
Elle se réfugie dans un monastère

Le thème de la pièce est assez surprenant, mais il se peut qu’il repose sur un fait divers tout à fait authentique. Le héros est Quan Am Thi Kinh (Thi Kinh, nom de religion : Kinh Tam - étant une des incarnations de Kouan-Yin, l’aspect féminin du Bouddha en Chine et au Viet Nam) est le même. Il s’agit d’un jeune homme qui aurait pris l’habit monastique pendant neuf vies consécutives. A la dixième renaissance, la dernière avant d’accéder au monde des Bouddhas, ce moine s’incarna dans le corps d’un bébé de sexe féminin dans une famille du nom de Mang, à Ho Nam (district de Lung Tai, province de Dai Bang en Corée). Cette fille, prénommée Thi Kinh était, dit-on, ravissante, vertueuse et douée. De jeune venue fille, elle fut donnée en mariage à Thien Si, un jeune homme de la famille des Sung. Thi Kinh gérait du mieux qu’elle le pouvait son foyer pour donner à son mari le temps d’étudier. Un soir, fatigué par les études, Thien Si s’assoupit sur son fit. Sa jeune épouse, qui se livrait à des travaux de couture à son côté, aperçut un poil de barbe poussant à rebours sur le menton de son mari ; elle voulut la couper avec un couteau. Son mari, se réveillant en sursaut, crut que son épouse tentait de l’assassiner ! Toutes les explications et les supplications de la jeune femme ne réussirent pas à convaincre les gens de son innocence. Chassée de sa belle-famille la malheureuse épouse se déguisa en homme et se fit admettre comme jeune bonze à la pagode Vân, sous le nom de Kinh Tam.
Mais la beauté naturelle de Kinh Tam attisa les désirs de Thi Mau, la fille d’une famille riche du village, où était implanté le monastère. Cherchant en vain à séduire le jeune bonze, mais ne parvenant pas à concrétiser son dessein, Thi Mau se donna à un garçon de ferme.
Enceinte et blâmée par le village, elle rejeta la faute sur Kinh Tam. Le jeune moine chercha en vain à se défendre. Afin de calmer les esprits, le moine en chef de la pagode dut payer l’amende pour Kinh Tam pour obtenir sa liberté, mais ne l’autorisa alors qu’à s’abriter seulement sous le portique de la pagode. Quelques semaines plus tard, Thi Mau accoucha d’un garçon et vint le déposer à la pagode, pour l’abandonner et le confier aux soins du "père". Malgré son embarras, Kinh Tam prit en charge l’enfant. En dépit de l’hostilité des gens du village, chaque matin il allait mendier du lait pour l’enfant. Sa santé déclina quand son " fils " sut à peine parler. Il écrivit alors une lettre à ses parents, les priant de confier l’enfant au bonze en chef de la pagode à sa mort, puis il expira. C’est alors que la vérité éclata. En préparant le corps pour les funérailles, on découvrit avec stupéfaction que le moine Kinh Tam était en réalité une jeune femme !
Faire triompher la vérité

Dès lors, la notion de sacrifice et de compassion de cette jeune femme, qui avait endossé deux rôles dans lesquels elle s’était totalement impliquée : celui de moine et de père de famille, en acceptant d’adopter l’enfant innocent victime, comme elle, du mensonge et de la calomnie. Du coup, son action de compassion et sa sainteté furent unanimement reconnues.
Mais pour ajouter au merveilleux, la pièce de théâtre se termine par l’acte de la cérémonie en faveur de l’accession de Kinh Tam au monde des Bouddhas. Le Bouddha apparaît alors et annonce sa décision d’accepter Kinh Tam dans le nirvana. Le moine en chef de la pagode Vân chante alors en versets
Maintenant, Thi Kinh a de la chance,
Elle est devenue d’une puissance sans limites, -
Elle est capable de faire accéder au nirvana
Et ses parents, et son mari, et son enfant,
Et cela, au vu et au su de tout le monde.
Le moine voulait ainsi démontrer qu’en suivant le bouddhisme, on peut payer la dette de reconnaissance envers ses parents et en même temps venir en aide à autrui, qu’on peut accomplir à la fois les devoirs de piété et d’humanité et que le bouddhisme ne va pas à l’encontre du confucianisme.
Le roman développe ce point plus longuement et rajoute quelques rebondissements intéressants.
Reconnaissant l’innocence de Kinh Tam, le village obligea Thi Mau à porter le deuil de la disparue et à payer tous les frais de son enterrement. Le texte précise que les parents de Kinh Tam ainsi que Thien Si, son ex mari, accoururent aussi à temps et furent tous témoins de son élévation au rang de Bouddha. Les parents et l’enfant furent par la suite admis au monde des Bouddhas, mais seulement à côté de Kouan - Yin Thi Kinh et assis sur le même socle en forme de fleur de lotus ; quant à l’ex-mari, Thien Si, il fut métamorphosé en perroquet se perchant sur le même socle.
Des iconographies relatent cet épilogue où la morale aiguise la justice, illustrant les vers du dernier tableau de l’histoire de Kinh Tam la miséricordieuse, devenue Bouddha par la grâce de ses mérites karmiques et de ses bonnes actions ?
"Que le pouvoir de Bouddha est miraculeux !
Peut-être le monde des Bouddhas est-il près d’ici quelque part.
Au milieu du ciel, se dresse un mur de nuages
Bouddha en personne descend à cet autel,
Et apparaît à chaque minute la famille entière. jouissant silencieusement du bonheur des retrouvailles.
Sur décision du Bouddha Thien Ton, Kinh Tam est élevée au grade de Bouddha Kouan-Yin,
Quant à l’enfant, il est autorisé à rester
Dans la main de cette dernière. Thien Si, le stupide, est transformé en perroquet se posant à son côté.
Ordre est donné aux parents de Kinh Tam de monter aussi à l’autel.
Ainsi la famille entière est admise au monde des bouddhas
Pour y jouir du bonheur éternel ».
Par sa valeur littéraire, le roman en vers sur Quan Am thi Kinh mérite sa place dans l’histoire de la littérature bouddhique du Vietnam.
Octobre 2000
Bouddhisme Actualités


Khandro Rinpotché : "La révolution tranquille des moniales a commencé"

Par Bouddhisme Actualités


Khandro Rinpotché est une des rares femmes tibétaines à être considérée comme maître spirituel. Appréciée en Occident pour sa chaleur et son style d’enseignement direct et pénétrant, elle a expliqué à Pierre-Yves Ginet que la situation des nonnes était en train de changer.
La place des femmes paraît actuellement assez limitée dans la communauté bouddhiste tibétaine. Vous êtes probablement le maître féminin le plus éminent de notre temps. Quelles sont vos remarques sur ce sujet.
Si on se réfère à l’histoire, c’est vrai, il n’y a eu que peu de maîtres importants qui étaient des femmes. Mais si l’on considère la contribution des femmes au bouddhisme tibétain, alors il me semble que leur place est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît. Dès l’origine du bouddhisme au Tibet d’ailleurs, puisque Yeshé Tsoguial était la principale disciple de Padmashambava : nos enseignements ne seraient pas ce qu’ils sont sans son rapport. S’il y a eu moins de grands Tulkous femmes, je crois que c’est surtout dû au fait que la société tibétaine, comme toutes les sociétés orientales, a toujours été dominanée par les hommes : dans un monde patriarcal, les femmes doivent se battre davantage pour atteindre le même résultat que les hommes.
Je suis un tulkou, issue d’une famille très respectée, mais même pour moi, parfois, en tant que femme, je me heurte à certaines réticences. Alors j’imagine ce que cela peut être pour des femmes qui n’ont pas ma situation et mon histoire. Je pense que la mentalité tibétaine, globalement, accepte désormais l’idée que les femmes peuvent être de très bonnes pratiquantes, mais il y a toujours une certaine retenue face à des tulkous femmes : les Tibétains doutent encore que des femmes puissent être de très grands maîtres. Certains refusent aussi, pour de multiples raisons plus ou moins cachées, l’idée qu’une femme puisse atteindre l’Eveil dans un corps de femme, au cours de son existence.
Ceci dit, en reprenant l’histoire, on note tout de même qu’il y a eu un certain nombre de Tulkous femmes, surtout dans la tradition Kagyu, même si les écoles Sakya et Nyingma ont également fourni des maîtres féminins d’importance. Hormis ces Tulkous, il faut également souligner que nombre de grands maîtres, et en particulier dans la lignée de mon père, Mindruling Rinpotché, ont eu des filles très actives, parfois exceptionnelles, qui ont joué un rôle considèrable pour faire perdurer la doctrine et les enseignements.
Chaque génération, à chaque époque, a en fait connu des femmes qui ont joué un rôle primordial pour la propagation de la tradition. Avant 1949, il y avait un nombre considèrable, le moniales et de couvents, même si ce fait très connu. Ces centres d’études étaient de grande qualité, probablement plus qu’ ils ne l’avaient jamais été. Avec l’invasion chinoise, beaucoup de nonnes ont du quitter ces enceintes. Beaucoup ont choisi l’exil. A la fin des années cinquante et au début des années soixante, la situation des réfugiés tibétains était extrêmement difficile et, pour survivre, certaines nonnes sont revenues à la vie laïque, ont fondé une famille.
A la fin des années soixante-dix, la vie devenant moins délicate en exil, certains grands maîtres, dont le XVIème Karmapa et Dilgo Khyentse Rinpotché, ont encouragé de façon très vive la "renaissance" des nonnes. J’étais encore très jeune mais je me rappelle très bien les propos du Karmapa, chaque fois que nous le rencontrions : il disait toujours que l’avenir des nonnes était essentiel pour notre société. Les années quatre-vingt furent marquées par un grand renouveau des moniales, en exil comme au Tibet. Cela perdure encore aujourd’hui. Les nonnes sont de plus en plus nombreuses et les enseignements qu’elles reçoivent sont de bien meilleure qualité. Cela reste bien sûr difficile, dans une société tourjours dominée par les hommes, mais je crois que globalement, la communauté tibétaine, laïque et religieuse, soutient cet essor des moniales.
La plupart des maîtres, hommes ou femmes, gardent les moines et les nonnes auprès d’eux pour la vie. Je crois que cela devrait changer. Après une quinzaine d’années d’enseignement auprès d’un maître, une nonne devrait le quitter pour partir vers un autre couvent, propager ce qui doit l’être, et devenir cet exemple vivant qui serait beaucoup plus efficace que de grands discours pour la communauté qui l’accueillera. Mais ce mouvement ne doit pas seulement être de la responsabilité des maîtres. Il doit aussi être impulsé par les moniales. C’est mutations prendront sans doute encore du temps, même si le mouvement s’accélère depuis quelques années, mais encore une fois, je suis très optimiste sur ce qui va se passer à ce sujet dans les années à venir.
Oui, mais aujourd’hui dans les couvents la plupart des maîtres ou des oumzés (1) sont des hommes.
C’est exact. Si vous placez un homme à ces responsabilités dans un couvent pour une période restreinte, cela peut être bénéfique. Mais si c’est façon permanente, je ne crois pas que cela soit souhaitable. Là, c’est évidemment du ressort des maîtres.
En tant que Rinpotché, quelles relations avez-vous avec les Tulkous hommes ? Font-ils une différence du fait que vous soyez une femme ?
Maintenant ils sont probablement habitués. Je ne vous cacherais pas que parfois, avec quelques rares personnes, je vis encore des situations assez amusantes. Mais c’est très rare. Aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression qu’il y a beaucoup de sympathie à mon égard. Au début, je pense qu’ils étaient surtout gênés, car c’était la première fois qu’ils étaient confrontés à cette situation et ils ne savaient pas comment se comporter. Mais j’insiste, cela ne génère jamais quelque chose de très important, juste des petits quiproquos sans importance.
Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet (1) Maître de discipline d’une communauté
Bouddhisme Actualités


La légende de Kouan-Yin déesse de la compassion

Kouan-Yin, bodhisattva de la compassion, dont un dit que le Dalaï-lama est l’émanation, fait l’objet d’une véritable dévotion dans toute l’Asie. Son histoire alimente bien des légendes. Au Vietnam où elle est particulièrement vénérée, Kouan-Yin puise ses origines dans une famille royale.

Par Jean-Pierre Chambraud
Au Vietnam, Kouan-Yin fut appelée Quan Am Nam Hai (Kouan-Yin de la mer du Sud). De son vrai nom : Dieu Thien, Kouan-Yin et ses deux soeurs, Dieu Thanh et Dieu Am, filles du roi Subhavyuha du Hung Lam, auraient été dans leur vie antérieure les trois fils de la famille des Thi connue pour sa bonté et sa grande piété. Dans la littérature vietnamienne, deux romans Quan Am Thi Kinh et Quan Nam Hai, écrits vers la fin du XVIème siècle, reprennent le principe de Kouan-Yin, emanation féminine de Avalokitesvara (Tchenrezi pour les Tibétains) que l’on a intégré à des histoires populaires. Le message, présenté souvent sous forme théâtrale, présente Kouan-Yin sous les traits d’une jeune femme qui, dans sa vie antérieure, était un jeune homme. Le livre bouddhique vietnamien Pho Mon Kinh Phap Hoa, explique que le bodhisattva, dans ses voyages en Inde, en Chine et au Vietnam, s’est métamorphosé en femme. Son entourage, des bouddhistes en train de réciter le livre bouddhique Phap Hoa, ne fit aucune attention à sa présence, rappelant par là l’aspect humain, humble et discret du bodhisattva. Les moines qui ont rédigé les textes du Phap Hoa insistent sur cette particularité : " Pour venir en aide à autrui, Kouan-Yin est prêt à se métamorphoser en n’importe qui : le roi, le premier ministre, l’enfant, la femme... ". Ainsi, au Vietnam, comme dans certains autres pays d’Asie, là où apparaît un être doté d’un coeur généreux, est-on prêt à le considérer comme l’incarnation de Kouan Yin. Cela a donné naissance dans la littérature bouddhique vietnamienne à de singulières légendes où les histoires font toujours triompher la victoire du bien sur le mal, la justice sur l’injustice, l’amour et la compassion sur la haine et la violence.

Quan The Am (Avalokitesvara) signifie "l’homme qui est à l’écoute des lamentations de la vie", pour venir en aide aux malheureux. Ses deux soeurs, Dieu Thanh et Dieu Am fondèrent un foyer. Quant à la princesse Dieu Thien, elle entra en religion bouddhique et deviendra par la suite Kouan-Yin de la pagode Huong Tich. Le refus de la princesse de prendre mari provoque la colère du roi qui la chasse du palais royal et la force à vivre dans le jardin familial. Sa mère et ses deux soeurs viennent en cachette pour tenter de la dissuader, mais la princesse persiste dans sa résolution. Le roi l’envoie alors dans une pagode où le bonze en chef a reçu l’ordre secret du roi de la décourager de sa foi par des travaux pénibles. Mais tout en vaquant à des travaux multiples : transporter de l’eau, faire la cuisine, balayer la cour... et assurant un volume de travail pour dix personnes, Dieu Thien étudie régulièrement les leçons bouddhiques et pratique assidûment la méditation. Après plusieurs semaines d’attente vaine, le roi donne l’ordre d’incendier la pagode, croyant que les bonzes lui ont été désobéi. La princesse regarde alors le ciel et prie Bouddha de venir en aide. Un dragon descendit aussitôt et éteignit l’incendie en crachant de l’eau. Le roi donna l’ordre qu’on coupe la tête de la désobéissante. Mais l’épée se cassa dès qu’elle toucha le cou de la jeune fille. Alors, le ciel s’assombrit et le tonnerre se mit à gronder, un tigre vint et emmena Dieu Thien on ne sait où.
Le fauve déposa la princesse au sommet d’une colline, L’âme de la jeune fille descendit dans les enfers et passa par les dix-huit enfers où elle assista aux souffrances endurées par les criminels après leur mort. Son guide lui dit qu’elle ne figurait pas encore sur la liste des morts et que le roi des Enfers voulait simplement lui faire faire ce voyage " pour lui montrer les conséquences karmiques des êtres dans ce lieu terrible. "

Afin de dissuader les fidèles et frapper leur l’esprit, les moines ont donné libre cours à leur imagination, donnant des enfers une vision dantesque où les scène rappellent les peintures de Jérôme Boch. Par exemple, la partie réservée aux mandarins et notables corrompus : " Dans l’enfer du char de feu, la chair est écrasée sous ses roues. Cette peine est réservée aux gens qui oppriment les faibles et s’emparent des terres d’autrui. Dans l’enfer de la cheminée de bronze rouge. Les notables corrompus doivent l’embrasser. "
Dans la partie réservée aux escrocs et aux malhonnêtes, le spectacle n’est guère plus réjouissant : " Dans l’enfer où on arrache les langues. A la pince, on arrache les langues jusqu’au sang. C’est la sanction infligée aux gens qui usent de leur langue pour semer le trouble et nuire aux autres."
Affligée par ces scènes, Dieu Thien s’emploie à prier Bouddha et à invoquer ses sentiments de miséricorde.
Touché par l’esprit de charité de la princesse, le roi des Enfers accorde la grâce aux suppliciés. L’âme de la jeune fille retourne au monde des vivants et entre dans son corps. Bouddha Nhu Lai veut lui faire subir une dernière épreuve. Sous l’apparence d’un beau jeune homme, il tente de la séduire. La jeune fille reste inébranlable devant les avances du jeune homme, qui reprend alors la forme de Bouddha et indique à Dieu Thien le chemin menant à la pagode Huong Tich :
" Bouddha lui dit alors qu’il y a une pagode au mont Huong Tich, tout près de la
Mer du Nam Viet (ou Vietnam), qui s’y rendra prier pour devenir Bouddha. " Sur ces conseils, la jeune fille vint à Hunng Tich : En ce point, les sommets de montagne touchent au ciel, un pagodon solitaire s’y perd au milieu d’une végétation qui verdoie toute l’année, Des nuages aux cinq couleurs le couvrent et se mirent dans l’eau pure d’un proche bassin.
Après plusieurs années de vie religieuse, Dieu Thien devint enfin le Bouddha Kouan-Yin : " Doté d’un pouvoir miraculeux, Bouddha peut se métamorphoser en plusieurs sortes d’êtres. Il peut regarder dans tous les coins du monde des vivants ; Et il est attentif à tout ce que l’on-dit au loin comme dans son voisinage ", disent les textes.
Pour sa capacité à se métamorphoser pour venir à temps en aide aux malheureux et à tout voir, tout connaître, il a été symbolisé par un Bouddha aux mille bras et mille yeux. " Ces mille yeux et ces mille bras efficaces proviennent d’un même esprit ".
Février 2000
Jean-Pierre Chambraud


Sogyal Rinpotché : apprivoiser la mort, c’est apprendre à vivre

Apprendre à mourir c’est, paradoxalement, apprendre à vivre. Sogyal Rinpotché aborde les changements de conscience de ceux qui s’apprètent à quitter le plan matériel.

Par Jean-Pierre Chambraud
La condition idéale est d’entrer dans la mort en pleine conscience, mais on peut constater que la douleur physique précède et accompagne le mourant. De fait, il semble difficile de maintenir une conscience vigilante jusqu’au dernier soupir.
La chose la plus importante est l’atmosphère autour du mourant. On doit s’efforcer de créer une atmosphère aimante, qui vous soutient, et souvent minimise la douleur. Un tel environnement favorise un type de conscience où le lâcher prise est nécessaire pour quitter, dans de bonnes conditions, son enveloppe physique. Il est évident que, pour un bouddhiste, le fait d’écouter parfois une cassette de messages spirituels contribue à créer un environnement mieux adapté. Je connais beaucoup de cas de personnes qui ont été aidées ainsi. Quant aux personnes sur le point de mourir, elles aussi, se sentaient très heureuses car, en dehors des souffrances physiques, il y a aussi beaucoup de souffrances émotionnelles. L’essentiel est de ne pas laisser distraire, de garder un esprit pur. Même si vous n’êtes pas capable de demeurer complètement centré (quelquefois les gens ne peuvent pas pratiquer) par l’amour et la présence on peut soutenir la personne. La chose la plus importante, ce sont les dernières pensées. Au moment de la mort, il est bon de demander le pardon, de demander la purification et d’unir son esprit avec l’esprit de sagesse du Bouddha, (du Christ ou de la Vierge Marie s’il s’agit d’un chrétien) et de demeurer dans sa présence. C’est le mieux que nous pouvons faire, je pense.
Le gouvernement du Danemark vient de légaliser, sous certaines conditions, l’euthanasie. Est-ce un progrès social ?
Beaucoup de choses sont décrétées bonnes ou mauvaises au nom d’une morale, d’une tradition et les opinions dans un sens ou dans l’autre, sont très fortes. Il nous faut regarder la situation véritable de la personne mourante. Bien sûr, il y a des considérations qui sont liées à des croyances religieuses, mais le fait qu’il y ait une telle législation, signifie qu’ on commence à prêter une véritable attention à la personne en train de mourir. Et çà, c’est une bonne chose.
On parle beaucoup du transfert de conscience de certains maîtres spirituels d’un corps physique à un autre. Connaît-on le cas de maîtres qui ne se sont jamais réincarnés ?
Il y a des récits de lamas qui disent qu’ils ne se réincarneront pas. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne se réincarnent pas. Simplement, ils ne veulent pas être reconnus comme tulkous. C’est un point subtil sur les réincarnations au Tibet dont j’ai parlé dans mon livre.
Propos recueillis par Jean-Pierre Chambraud


Bernie Glassman, moine zen : sa compassion est dans la rue

Les sans-ego descendent dans la rue de New-York mais aussi des garndes villes du monde pour aider les sans-abri, les sans espoir. De cette rencontre est né une formidable aventure où le bouddhisme social exprime sa véritable dimension.

Par Jean-Pierre Chambraud
Tout le monde l’appelle Bernie. Une familiarité qui passe bien auprès de ses amis de toujours, ces « renonçants » malgré eux, ces rejetés de la société, qui ne possèdent rien et qui dor-ment sous un carton, dans les rues de New-York.
Bernard Glassman, 60 ans, juif américain d’origine polonaise, a été dans sa jeu-nesse ingénieur chez McDonnell-Douglas. A l’âge de trente ans, il devient moine bouddhiste, et, depuis plus d’une vingtaine d’année, il enseigne le Zen qu’il a étudié auprès de grands maîtres japonais. Au milieu des années 80, il s ‘engage dans diverses actions sociales dans l’État de New—York : relogement de familles déshéritées, accompagnement des malades du sida, création d’une boulan-gerie destinée à fournir du travail aux SDF, etc.
Au contact de la détresse humaine, sa compassion le pousse, non pas à réagir, mais plutôt à agir.

Vivre pour les autres
A sa manière, Bernie Glassman est un peu une sorte d’Abbé Pierre du Zen. En janvier 1994, alors qu’il dirige une « retraite de rue » à Washington, Glassman déci-de de fonder un ordre de pratiquants du Zen consacré à la paix : l’Ordre Zen du Peacemaker (artisans de paix) où il défend l’idée d’un « bouddhisme engagé », dans lequel la conscience issue de la pratique de la méditation s’investit dans des actions quotidiennes au service des autres et de la justice. Ces bouddhistes d’un type nouveau prononcent des voeux spécifiques qui les engagent à porter témoignage des joies et des souffrances du monde. Dans cet esprit, ils organisent aux États-Unis, en Allemagne (et l’an prochain en France) des retraites dans la rue, visant à faire eux-mêmes l’expérience de la plus extrême précarité, à rencontrer ceux qui la vivent tous les jours, à les aider spirituellement et matériellement. « Dans l’Ordre des Peacemakers, explique Bernie, notre pratique est de lâcher prise. Nous lâchons non pas les choses que nous connaissons mais notre attachement à celle-ci. La distinction est importante. Dans la mesure où nous souhaitons faire la paix dans tous les domaines de la vie, nous avons besoin d’utiliser tous les outils à notre disposition, la moindre parcelle de savoir et la moindre avancée technologique. Ce que nous voulons est le sac de Hotei. Hotei est un personnage bouddhiste zen qui est représenté dans une série célèbre de dessins ayant pour sujet la route vers l’illumination. La quête est longue et ardue. Le dessin final montre Hotei de retour sur la place publique portant un sac sur son épaule. Il est prêt à travailler avec tout le monde et avec tout ce qui surgit. Son sac contient tout ce dont il pourrait avoir besoin : s’il rencontre un mendiant, il met la main dans son sac et en extrait des pièces de monnaie, s’il trouve un enfant malade allongé sur la route, il plonge la main dans son sac et en sort un bandage, s’il croise un jardin rempli de mauvaises herbes, il en extrait un râteau et une binette. Nous autres Peacemakers, nous voulons aussi nous munir d’un sac de Hotei dans tous nos déplacements, et nous souhaitons, qu’il contienne tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Ainsi, si nous croisons une personne ayant le sida, nous lui donnerons des médicaments, si nous rencontrons une famille sans endroit où aller, nous lui trouverons un logement. Nous demandons à avoir autant de connaissances et de ressources possibles, mais à moins d’appréhender une situation à partir d’un état où nous abandonnons nos idées préconçues, nous ne saurons pas ce qu’il faut aller quérir. Si nous rencontrons un héroïnomane, nous pourrions l’emmener dans un centre de désintoxication ou lui donner des seringues afin de lui éviter une infection par HIV. Si nous apercevons sur Times Square une prostituée raccolant par un soir de neige, nous pourrons lui dire de s ’ arrêter, lui offrir une tasse de café pour la réchauffer ou lui donner un préservatif afin quelle continue à se protéger. Le sac d’ Hotei contient toutes ces choses. Ce que nous allons puiser dans le sac va dépendre de nos préjugés et de nos jugements, et par conséquent moins nous avons d’idées sur ce qui est juste ou injuste, sur ce qui est bien ou mal, plus nos réponses seront naturelles et spontanées. »

Pour les vivants et les morts
La personnalité de Bernard Glassman a eu un impact important dans le bouddhisme américain et dans la société new-yorkaise, et il est connu pour avoir opéré des « conversions » spectaculaires (un vétéran du Vietnam, un dealer important, etc.). Il est aussi engagé dans le dialogue interreligieux avec des rabbins et des chrétiens. Enfin et surtout, depuis cinq ans, il organise des retraites inter-confessionnelles à Auschwitz, avec méditation en silence dans le camp, récitation des noms des victimes pendant plusieurs jours, prières juives et témoignages. Ces sessions, qui ont lieu tous les ans au mois de novembre sur ce site, sont parmi les actes de mémoire les plus intenses et les plus troublants. Mais Bernie Glassman souhaite étende son action à tous les lieux de conflits historiques, de massacres et de génocides. C’est notamment aux Etats Unis où les Indiens furent massacrés par les colons européens, en Chine avec le massacre de Nankin, en Irlande du Nord et ses attentats meurtriers. La sélection peut sembler arbitraire à certains, mais les actions se multiplient un peu partout dans le monde, élargissant du même coup la liste des lieux tristement célèbres. Bernie est un personnage atypique et ses actions de mémoire ne s’arrêtent pas aux grandes dates de l’histoire. Il envisage également de réhabiliter, dans le devoir de mémoire, les guérisseuses qui, dans les siècles passés, étaient considérées comme des sorcières, traquée, dénoncées, torturées et brûlées vives par les inquisiteurs de l’Eglise catholique romaine. Ce feu destructeur et « purificateur » ne laisse pas insensible Bernie Glassman qui voit là une analogie certaine avec l’holocauste des camps nazis.
Selon les enseignements du Bouddha, tant que la roue du samsara tournera, la souffrance affectera tous les êtres sensibles (visibles et invisibles) des différents mondes. Aider les êtres qui souffrent serait donc une tâche sans fin. . . Un peu démoralisant ? « Vous savez, dit Bernie Glassman, le bodhisattva considère que ce travail est sans fin et incompréhensible. Quand je regarde ce qu’il faudrait faire, c’est incroyable et c’est accablant... Mais, si je considère mon propre corps et l’activité qui s’y déroule en permanence, combien de cellules tombent malades et ce que doit faire ce corps pour se soigner, les microbes, les toxines dans la nourriture, les toxines dans l’air que l’on respire, c’est tout aussi accablant. Mais je ne me sens pas attristé pour autant. C’est la vie. »
Paradoxe de l’évolution technologique, et d’une vision sociale essentiellement orientée sur l’acquisition des biens matériels, nos sociétés modernes fabriquent de plus en plus d’indigents baignés dans des univers de violence physique et morale. Avec l’aide des milliers de bénévoles, répartis dans le monde entier, le fondateur de l’Ordre de Pacemakers entend bien mener une véritable croisade auprès des plus démunis et de reconstituer avec eux le lien affectif, moral et spirituel qui leur manque pour retrouver leur place au sein de la société.
« S’ouvrir à l’inconnu, abandonner ainsi toute opinion figée de nous-même et du monde. Porter témoignage de la joie et de la souffrance du monde. Nous guérir nous-même et guérir autrui. » Tels sont les trois principes prônés par Bernie Glassman (1) et qui constituent le fondement du travail de la communauté de l’Ordre des Peacemakers. La recette a, semble-t-il, du succès puisqu’en France des antennes se sont constituées pour tendre la main à ceux qui en ont besoin.

(1) Bernie Glassman vient de publier " l’ Art de la paix, un maître zen engagé dans le monde d’aujourd’hui ", paru chez Albin-Michel
Article mis en ligne avec l’autorisation grâcieuse de Jean-Pierre Chambraud, de Bouddhisme Actualités.

Voir aussi :
Notes de lecture du livre de Bernie Glassman : Le message de Bernie Glassman, maître zen : porter témoignage de l’intégralité de la vie.
Zen et action sociale : l’ordre des peacemakers, compte-rendu de la journée du 21 octobre
Communauté des Peacemakers
Michel Dubois
22 avenue Pasteur
93100 Montreuil
Tél/fax . 0149889165
site internet : www.peacemakercommunity.com
Novembre 2000
Jean-Pierre Chambraud


Bouddhisme et médecine ayurvédique au Sri-Lanka

La médecine ayurvédique est largement utilisée dans les hôpitaux et les dispensaires du Sri-Lanka. Les moines bouddhistes, longtemps détenteurs de cette science millénaire, ont perpétré le caractère social et gratuit de cette étonnante médecine.

Par Jean-Pierre Chambraud
D’un certain point de vue, la médecine peut être considérée comme un véritable sacerdoce où l’humilité et la compassion du thérapeute se combinent à sa connaissance des lois naturelles qui régissent l’homme et l’univers. C’est sur ce postulat que s’appuie la médecine ayurvédique telle qu’elle est actuellement pratiquée au Sri-Lanka. Cette science millénaire qui puise ses racines dans la tradition védique de l’Inde est largement représentée sur l’ensemble de l’ancienne île de Ceylan.
Chaque grande ville compte un ou plusieurs hôpitaux ayurvédiques et, dans les zones rurales, de nombreux dispensaires accueillent les malades. La médecine occidentale et l’allopathie sont bien entendu largement représentées, mais les Sri-Lankais ont une grande confiance dans leur médecine traditionnelle qui, du reste, a largement prouvé son efficacité et sa non toxicité pour traiter l’ensemble des problèmes médicaux. Les consultations commencent très tôt le matin. De longues files d’attente obstruent les longs couloirs. Dans la chaleur moite de l’hôpital ayurvédique de Colombo, plus de deux cents personnes attendent leur tour avec patience et silence. Au Sri-Lanka, comme dans la plupart des pays d’Asie, le temps est une notion subjective qui s’écoule au rythme des pensées. Il est donc à géométrie variable ! Au bout du couloir, trois petites pièces blanchies à la chaux avec, pour tout mobilier, une table en bois et deux chaises, l’une pour le médecin, l’autre pour le patient. Sur le côté, une longue table basse, recouverte d’un drap grossier, pour les palpations du corps afin d’affiner le diagnostic. Nous sommes ici loin de la technologie occidentale avec son foisonnement d’appareils informatisés, ses analyses moléculaires et son imagerie médicale...

L’important, c’est le relationnel
Le malade pénètre dans le petit bureau. Après le traditionnel « ayubowan » équivalent du « namasté » indien adressé avec déférence au médecin, s’instaure une nécessaire relation de confiance entre patient et thérapeute. « Sans cette qualité relationnelle, il serait difficile de faire du bon travail », précise la directrice de la pharmacologie de l’hôpital. Dans le système ayurvédique, l’argent n’est pas pris en compte et les consultations sont gratuites. Fortuné ou pauvre, c’est le malade qui est important. Tout au plus, l’offrande est permise et l’on donne selon ses moyens : nourriture, vêtements ou quelques roupies. C’est le geste et la pureté d’intention qui importent. Il reflètent la qualité de la pensée. Le médecin reçoit alors dans le même état d’esprit, sans formule ampoulée de remerciements. Si l’on ne possède rien, un simple regard de reconnaissance est alors suffisant. Nous sommes là au coeur de ce que les bouddhistes appellent « danna » l’acte d’offrande, telle qu’il est toujours pratiqué dans le sud-est asiatique. Le Sri-Lanka est un pays dont la religion officielle est le bouddhisme, protégé par l’article Il de la Constitution du pays. Imprégné du Dharma depuis plus de 2000 ans, le Sri-Lanka a largement adopté, dans son système social, les bases éthiques du bouddhisme theravada. La gratuité des soins médicaux s’inscrit donc dans le respect de cette éthique, comme le fit en son temps, Jivaka, médecin ayurvédiste de grande renommée, et disciple du Bouddha.
Pour les médecins de l’hôpital ayurvédique de Colombo, chaque patient est unique. En ce sens, il est un mandala, l’expression vivante du macrocosme dans lequel tourbillonnent les forces vives de l’univers. Le médecin prend le temps d’écouter son malade. La manière dont il exprime sa souffrance est aussi une indication utile qu’il ajoute à l’auscultation de la langue, des yeux et des mains ou d’autres parties du corps. Rien n’est laissé au hasard.

A l’écoute du microcosme
Dans cet univers corporel où les énergies subtiles se livrent à un étrange ballet interne, il faut développer une très grande sensibilité pour y déceler les disharmonies. Lorsque le diagnostic est établi, le médecin rédige une ordonnance sur une feuille de papier. Fabriqué à partir d’arbres abattus dans les forêts, le papier est une matière considérée comme noble et précieuse et, de ce fait, économisé. C’est de l’écologie rationnelle. Aussi, utflise-t-on tout support de papier afin de le recycler « intelligemment » : papier d’emballage, anciens almanachs, verso de pages déjà écrites, ou tout espace encore vierge, quelle que soit sa taille, ou sa couleur. C’est encore un papier similaire qui servira à emballer les remèdes prescrits et que le patient, une fois sa consultation terminée, ira chercher à la pharmacie de l’hôpital.
Environ 2600 plantes sont utilisées dans la pharmacopée ayurvédique à laquelle il faut ajouter les poudres minérales et les métaux comme l’or, l’argent et le cuivre. Si la plupart des plantes proviennent du Sri-Lanka, certaines espèces viennent des contreforts himalayens ou de Chine. La cueillette obéit à des règles très précises, définies dans les manuels d’ayurveda. La fleur, la feuille, la tige ou la racine d’une même plante ont chacune une action différente sur l’organisme.
Les pharmaciens ayurvédistes font appel à des procédés de fabrication qui n’ont pratiquement pas varié au cours des siècles. Ce qu’il est convenu d’appeler un laboratoire, ressemble plutôt à une cuisine. Ici, ni blouses blanches, ni atmosphère stérilisée, mais de grands fourneaux à bois sur lesquels, des marmites de toutes tailles contiennent de savants mélanges. Décoctions, macérations, sirops, tout est fabriqué à l’hôpital afin de répondre aux besoins des malades. La plupart des médicaments sont en effet présentés sous forme liquide afin d’en faciliter l’ingestion et la circulation dans l’organisme. Mais l’arsenal thérapeutique ne s’arrête pas là. Bains de vapeurs aux herbes médicinales, bains phytothérapiques, massages aux huiles chaudes de plantes, complètent la panoplie à laquelle il faut ajouter les célèbres baumes ayurvédiques dont les actions thérapeutique ne sont plus à démontrer. Les malades hospitalisés ont une nourriture adaptée à leur état, mais elle est essentiellement végétarienne. A des années-lumière des concepts de la diététique occidentale, l’ayurveda prend en compte la qualité « satvique » de l’aliment et les classe en catégorie : pure, neutre ou impure, la viande entrant dans cette dernière catégorie.
Aussi « médiévale » puisse-t-elle paraître aux yeux des aropathes, la médecine ayurvédique a largement influencé la médecine tibétaine et la médecine greco-arabe. Pendant des siècles, la plupart des monastères bouddhistes du Sri-Lanka avaient des moines instruits à la médecine ayurvédique pour soigner bénévolement les villageois. L’ayurveda est d’abord une science qui permet de rester en bonne santé en corrigeant les déséquilibres énergétiques qui se manifestent dès la naissance. Aucun corps n’est parfait et immortel. Ainsi le veulent les lois du samsara. Mais cette médecine, au champ d’action très vaste, incluant la chirurgie, permet d’obtenir des résultats qui étonnent les médecins occidentaux. Certains malades européens, soignés dans les hôpitaux ayurvédiques de Colombo pour des pathologies graves, reconnaissent avoir recouvré la santé alors qu’ils étaient sans espoir de guérison pour la médecine occidentale. Si la prise en charge est totalement gratuite, il leur est quand même proposé, pour quelques roupies par jour, une chambre plus conforme à l’esprit occidental.
Afin de répondre à une importante demande d’Européens, certains centres ayurvédiques du Sri-Lanka se sont modernisés et proposent à présent des séjours thérapeutiques de remise en santé. L’ayurvéda entre dans l’ère du marketing. Reste à savoir si modernité et tradition pourront réussir leur mariage de raison sans sombrer dans le mercantilisme.

Avril 2000
Jean-Pierre Chambraud


KARMA YESHE

Karma Yéshé vit au temple Kagyu Ling, en Bourgogne. Il a participé depuis des années à la création des fresques du temple principal des Mille Bouddhas.
Karma Yéshé est né le 10 avril 1966 au Bhoutan. Suite à une enfance douloureuse, il est touché par une surdité handicapante. Il étudie l’art de la peinture sacrée bouddhique, un domaine où l’intériorité imposé par son handicap peut devenir une qualité. Avec un don certain au départ, il suit les enseignements de Maître Tchimé, à Thimpou, qui est la capitale du Bhoutan. Puis il étudiera ensuite à Kuzang, au Népal. Il reçoit deux transmissions liées à la peinture sacrée, l’une liée au Karma Gardri, l’autre liée au Mendri.

Extrait d’un article paru dans Bouddhisme-Actualités :

En 1986, il arrive à Dashang kagyu Ling où il entreprend la décoration du splendide temple des mille Bouddhas qui n’est pas encore tout à fait terminée. Actuellement, il travaille à la réalisation de mandalas géants, qui orneront le plafond du temple. Il réalise aussi des thankas. Karma Yéshé est expert en dessin et en réalisation de mandalas en poudres de couleur. Chaque année, il en réalise une de 2 mètres carré sur place et d’autres, plus petits, lors d’échanges culturels, comme à Bâle (Suisse), Lyon, Amiens, etc… Après Dix-huit années d’études et de pratique, Karma Yéshé est devenu un très grand peintre, le seul maître oriental de sa valeur en Europe.
Habilité à transmettre son art et à former des occidentaux, il exige de ses élèves une forte motivation.
Karma Yéshé réalise tout lui-même, y compris la préparation de la toile. Il peint selon une technique traditionnelle avec des pigments minéraux, résistant aux craquements et donnant un aspect ancien. Son geste est souple, lié à la respiration, et il corrige très peu. Ses thankas noires sont rehaussées de peinture à l’or achetée au Népal. Après préparation de la toile et exécution du dessin, la réalisation d’une thanka lui prend environ 50 à 60 heures, environ 70 heures pour la représentation d’un yidam irrité.
Dans le vajrayana, le pratiquant utilise de nombreuses méthodes pour reconnaître la nature de son propre esprit, la nature de bouddha présente en chacun, et s’éveiller comme le fit le Bouddha Sakyamouni, il y a 2500 ans.

Les thankas (peintures sur toiles) sont des représentations symboliques des qualités naturelles de notre esprit. Les yidams (divinités de lien) représentés sont l’expression du dynamisme de l’esprit indifférencié de la clarté-vacuité caractérisant la nature de l’esprit.
Les contempler nous relie progressivement à notre nature de bouddha. C’est pourquoi posséder une thanka chez soi a de grands bienfaits. Paix, santé, longue vie, richesse…sont les exemples de bienfaits ordinaires.
L’art sacré bouddhique est directement issu des expériences contemplatives des éveillés du passé, du présent et du futur. Il est le reflet de l’amour, de la compassion, de l’altruisme, de la générosité et de la sagesse des bouddhas. Puisse la vue de ces précieuses œuvres nous réjouir…

Karma Yéshé

- Karma Yéshé, quelle est la fonction des thankas ?
Je ne suis pas un enseignant du Dharma. Demandez à mes maîtres. Je peux juste dire que les thankas ne sont pas des portraits, mais des représentations dont le but principal est le bien de tous les êtres.
- Néanmoins, vous exposez vos oeuvres… ?
Elles sont destinées à transmettre la sérénité par la représentation : C’est ce que l’on nomme la libération par la vue. Libération possible par tous les sens.
- En quelle disposition d’esprit êtes-vous lorsque vous travaillez ?
Lorsque je peins, je m’absorbe en moi-même dans une profonde sérénité que je m’efforce de faire rejaillir sur la toile afin que sa vision inspire à tous ceux qui la verront une même profonde sérénité. Un exemple de la libération par la vue : Le DalaÏ-Lama. Il enseigne à des milliers de gens mais il offre aussi une image de sérénité. Sa vue inspire. Quant à moi, je souhaite générer un état de sérénité et de bienveillance égal à ce qu’inspire la vue du Dalaï-Lama enseignant. Je suis simplement un artiste du Dharma qui peint les yidams avec son cœur. Sans les enseignements, pas de peintures, et sans peintures, on ne pourrait accéder aux enseignements du Vajrayana. Je suis très heureux de participer à cette interdépendance et à cette transmission. Mon art me met dans un état de contentement et de générosité que j’espère communiquer à ceux qui le verront. Puissent-ils tous trouver à leur tour, bonheur et sérénité ! Telle est la raison pour laquelle je fais des expositions.

- Que sont les Yidams ?
Je ne veux pas essayer de parler du Dharma. Je ne suis pas un enseignant du Dharma. Je n’étudie plus depuis longtemps. Je reçois ce qui émane directement du yidam, qui est un aspect de l’enseignement en nous, sans qu’intervienne l’intellect. L’art sacré ne laisse pas de place à l’inspiration personnelle, il est à l’opposé de l’art pour l’art…
L’artiste doit respecter les canons qui permettent de transmettre la force de l’inspiration de ce qu’ils représentent. Le respect des ces canons leur conserve leur charge authentique qui est celle des maîtres éveillés qui les ont établis, même si l’artiste lui-même n’est pas éveillé. L’artiste vit ce qu’il peut, sans forcément comprendre tout le symbolisme de la thanka. Je donne à mon art un aspect sacré. Si mon esprit est ailleurs, je m’arrête. J’associe la respiration au geste pour ancrer ma motivation dans une bienveillance maximale.

Propos recueillis par J-F Gantois.
Article paru dans la revue "Bouddhisme Actualités"


La fondation de l’ordre des nonnes

Grâce à Ananda, disciple et cousin du Bouddha auprès de qui il plaida leur cause, les femmes purent entrer dans la vie monastique. Mais de dures règles de discipline leur furent imposées pour devenir nonnes.

Par Bouddhisme Actualités
Alors qu’il était encore à Vesali, on prétend que le Bouddha apprit que son père Suddhodana était en train de mourir à Kapilavatthu. Afin de le rejoindre avant sa mort, le Maitre vola dans les airs jusqu’à Kapilavatthu et arriva juste à temps pour lui délivrer un sermon par lequel Suddhodana devint illuminé, de sorte que le vieux raja entra dans le Nibbana sur son lit de mort. Telle est l’histoire légendaire selon un commentateur.
La vérité historique est que Suddhodana mourut dans la seconde moitié de l’année 524 av. J.-C. et que Siddhatta revisita sa ville natale en 523, alors que Suddhodana était depuis longtemps incinéré et qu’un nouveau raja était élu. On ne dit nulle part dans le canon que ce nouveau raja était un membre de la famille Cotama.
C’est probablement au cours de cette seconde visite à Kapilavatthu que le Bouddha agit comme médiateur dans un conflit sur l’usage de l’eau du fleuve Rohini. Le Rohini (maintenant Rowai) fermait la frontière entre la république Shakya et le territoire tribal des Koliya et était interrompu par un barrage bâti conjointement par les Shakya et les Koliya, dont ils tiraient l’eau pour irriguer leurs champs. Lorsqu’en mai-juin 523, le niveau de l’eau fut si bas qu’il suffisait seulement à l’irrigation d’une des deux rives, une querelle éclata entre les laboureurs shakya et koliya. Les insultes pleuvaient et un combat - le texte dit une " guerre " - semblait inévitable. Alors le Bouddha s’interposa entre les deux fronts comme médiateur. Sa renommée d’"illuminé", sa position d’intime du roi Pasenadi, dont les Shakya et les kohya étaient également les sujets, et son éloquence produisirent un miracle à peine imaginable. Usant de l’argument que l’eau était de moindre valeur que les vies humaines, il parvint à éviter le bain de sang et à calmer la colère des opposants (Jat 536).
A l’occasion de cette visite du Bouddha à Kapilavatthu, sa mère nourricière Mahapajapati vint à lui avec une proposition qu’il trouva extrêmement malvenue et pesante. Depuis la renonciation de Siddhatta, de Rahula et de son fils Nanda, elle n’avait plus personne dont s’occuper si ce n’est sa fille Sundarinanda. Après la mort de Suddhodana elle n’eut plus de devoirs domestiques et se tourna donc, à un âge avancé, vers la religion. Un jour elle chercha le Bouddha dans le bois Nigrodha en dehors de la ville et lui dit : " Cela serait bien si les femmes aussi pouvaient s’engager dans la vie sans demeure (c’est-à-dire comme nonnes) selon le Dhamma que tu proclames. " Le Bouddha fut évasif et négatif et demeura sur son refus même quand Mahapajapati réitéra sa demande. En larmes à cause de ce refus, qu’elle interpréta comme une ingratitude ordinaire, Mahapajapati retourna à Kapilavatthu (Cv 10, 1, 1).
Un peu plus tard, le Bouddha quitta sa ville natale et, par des étapes faciles, atteignit la capitale Licchavi, Vesali, où il s’installa, comme l’année précédente, dans le hall à pignons.
pendant ce temps, Mahajapati avait repris courage, coupe sa chevelure, la robe jaune comme moine et suivi les traces du Bouddha, accompagnée de quelques femmes shakya. Les pieds enflés et couverts de poussière, elle arriva à Vesali, où Ananda la vit alors qu’elle approchait du hall à pignons. Les larmes aux yeux elle confia à Ananda son voeu que le Maître permît la fondation d’un ordre de nonnes (10, 1, 2).
EIle ne pouvait trouver avocat plus compétent. Emu, Ananda transmit le plus cher de Mahapajapati au Buddha, qui de nouveau refusa. Alors Ananda commença à défendre le cas :
" Seigneur, des femmes qui s’engageraient dans la vie sans demeure selon ton Dhamma et ta discipline pourraient-elles atteindre la perfection (c’est-à-dire l’illumination) ?
Oui, Ananda.
Seigneur, puisqu’elles en ont sont capables et puisque Mahajapati Gotami t’a rendu grand service, à la fois comme tante du Bienheureux et aussi, après la mort de ta vraie mère, comme seconde mère, gardienne et nourrice, pour cette raison même ce serait bien si tu permettais aux femmes d’entrer dans la vie sans demeure selon ton Dhamma et ta discipline.
Ananda, si Mahapajapati promet d’observer huit règles supentaires, que cela lui tienne lieu d’ordination.
Il énonça à Ananda les huit points, tous visant à subordonner les nonnes (bhikkhni ) aux moines. (1) Même une nonne anciennement ordonnée se rangeait derrière le plus récent moine et devait le saluer respectueusement. Apprenant d’Ananda les huit points, Mahapajapati consentit aux conditions et fut ainsi ordonnée comme la première bhikkhani du Sangha bouddhiste.
Le Bouddha n’avait pas consenti de son plein gré à la fondation de l’ordre des nonnes ; seule la contrainte morale d’accéder au désir de sa mère nourricière l’avait induit à abandonner son refus initial. Ce qu’il pensait de l’ordre des nonnes apparaît dans ce qu’il dit à Ananda lorsque ce dernier lui fit part de l’accord de Mahapajapati sur les huit points :
" Ananda, si les femmes n’avaient pas obtenu (le droit) d’entrer dans la vie sans demeure selon ce Dhamma et cette discipline, la vie sainte aurait duré longtemps, le véritable Dhamma aurait duré mille ans. Mais maintenant que les femmes ont ce droit, la vie sainte ne durera pas longtemps, le véritable Dhamma ne durera que cinq cents ans.
" Les maisons avec beaucoup de femmes et peu d’hommes sont une proie facile aux brigands et aux voleurs de trésors familiaux (et il en va de même d’un ordre où les femmes sont admises). Tout comme un champ de riz avec la brunissure et un champ de cannes à sucre attaqué par la rouille périssent (de même un ordre où il y a des nonnes). Tout comme un homme qui bâtit une digue pour la construction d’un réservoir de sorte que l’eau ne déborde pas, ainsi j’ai fixé ces huit règles pour les nonnes, Ananda ".
Mais les choses tournèrent mieux que le Maître ne les avait prophétisées. L’ordre des nonnes bouddhistes, en effet, s’éteignit au XIIème siècle mais la doctrine et l’ordre des moines survécurent de beaucoup aux cinq cents ans prophétisés et sont, aujourd’hui, toujours vivaces et vigoureux.
M Hans Wolfang Schuman
"le Bouddha historique"
Edit. Sully
A lire aussi : "Bouddha et les femmes" Suzan Murcott Edit. Albin Michel
Une vie monastique bien ordonnée

Si les moines observaient 217 règles, les nonnes de leur côté devaient se conformer à 311 préceptes dont les Huit Grandes Conditions. Ces Huit Grandes Conditions dont l’acceptation a été la condition préalable à l’ordination de Mahapajapati et à l’établissemerit de l’ordre des nonnes étaient
1. Une nonne, quand bien même elle serait ordonnée depuis cent ans, doit, devant tout moine, quand bien même il serait ordonné du jour même, le saluer respectueusement, se lever en sa présence, s’incliner devant lui et lui rendre tous les honneurs qui lui sont dus.
2. Une nonne ne doit pas passer la saison des pluies dans une region ou ne séjournent pas de moines.
3. A chaque demi-lune, une nonne doit s’adresser à l’ordre des moines en vue de deux choses : la date de la cérémonie uposatha, et le moment auquel les moines vont dire la prédication de l’Enseignement.
4. A la fin de la retraite de la saison des pluies, les nonnes doivent tenir pavarana devant les deux sanghas, celle des moines et celles des nonnes, pour savoir si aucune faute n’a été commise en fonction de ce qui a été vu, entendu ou suspecté à leur propos.
5. Une nonne qui s’est rendue coupable d’une faute grave doit se soumettre à la discipline marlatta devant les deux sanghas, celle des moines et celle des nonnes.
6. L’ordination majeure (l’initiation upasampada) ne peut être sollicitée devant les deux sanghas que lorsqu’une novice a observé pendant deux ans les six préceptes (les cinq premiers préceptes plus le précepte qui impose de ne prendre qu’un repas par jour avant midi).
7. En aucun cas il n’est permis à une nonne d’injurier ou d’insulter un moine.
8. Les nonnes n’ont pas le droit de réprimander les moines ; il n’est pas interdit aux moines de réprimander les nonnes.
Le terme bhikkhuni, même s’il désigne communément une nonne, s’applique en fait à une nonne ordonnée de puis 12 ans. A ce stade, elle pouvait alors demander à l’ordre le privilège de conférer l’ordination (vufthapana). Cela faisait d’elle une nonne apte à enseigner (upajjha)
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Février 2000


Les règles diététiques de la médecine tibétaine

Conseils avisés du Dr Yeshi Donden, médecin personnel du Dalaï-Lama, auteur du livre « la santé par l’équilibre"

Par Dr Yeshi Donden
L’alimentation, même si elle est associée à des plaisirs sensoriels, est essentiellement un carburant destiné à se transformer en énergies pour cette machine complexe qu’est l’organisme humain. De même que le sommeil est nécessaire au corps, le jeûne ou la monododiète permet de mettre au repos les fonctions métaboliques. Conseils avisés du Dr Yeshi Donden, médecin personnel du Dalaï-Lama, auteur du livre « la santé par l’équilibre"- Edit. Trédaniel.
AIbert Einstein, lui-même l’avait écrit "Rien ne peut être aussi bénéfique à la santé humaine et augmenter les
chances de survie de la vie sur terre que d’opter pour une diète végétarienne".
Tous les physiologistes sérieux sont unanimes à ce sujet : jeûner, sous certaines conditions, permet d’éliminer les toxines du corps et de le régénérer. C’est une des clés de guérison en usage depuis l’Antiquité dans la plupart des civilisation d’Orient et d’Occident. Recommandé souvent, imposé parfois comme méthode spirituelle, le jeûne de courte durée passe pour apaiser le corps et le mental, tout en augmentant les capacités de vigilance.
Le Dr Yeshi Donden, médecin personnel du Dalaï-Lama est né en 1929 à Namro, village du Tibet central. A l’âge de vingt ans, au terme de neuf années d’études suivies au monastère de médecine de Chagpori, Yeshi Donden réussit brillamment ses examens et, comme le veut la tradition, étant le meilleur élève de sa promotion, fut nommé "médecin personnel de Sa Sainteté". Un titre honorifique qui récompense l’élite médicale. Dès 1951, le Dr Donden commença à exercer dans sa région natale et acquit très vite une grande réputation d’efficacité. Mais en 1959, lorsque le Dalaï-Lama prit le chemin de l’exil, il décida de l’accompagner pour s’occuper des réfugiés tibétains en Inde. Après avoir fondé le Centre médical tibétain à Dharamsala il revint à la pratique privée en 1969. Il se partage actuellement entre ses activités de thérapeute en Inde et de fréquents voyages en Occident pour y donner des conférences sur la médecine tibétaine notamment à l’Université de Virginie aux Etats-Unis.
Après préparation physique et mentale, le jeûne reste soumis à des conditions spécifiques sous contrôle d’une personne qualifiée. Lorsque l’on sort du jeûne, des précautions sont à prendre. "On doit manger de la nourriture légère, quelque chose de facile à digérer, comme de la soupe de riz, précise le Dr Yeshi Donden. Au Tibet, du cinquième jour du troisième mois, au seizième jour du quatrième mois, il peut y avoir deux ou trois cents personnes qui jeûnent. Avant le lever du soleil, vous vous levez, vous lavez, et faites les récitations religieuses coutumières. Puis nous faisons les récitations ensemble ce premier jour, et nous récitons le mantra ; à part la récitation du mantra, nous ne disons rien. Ce jour là, non seulement vous ne mangez rien, mais vous ne buvez plus rien du tout. Ainsi vous ne crachez pas. Vous passez la journée à réciter des textes, des mantras, à méditer. Puis, la nuit, vous allez vous coucher, et le lendemain matin, vous prenez du yogourt aigre ou du jus de citron avec un petit peu d’eau. Puis vous faites vos récitations, buvant du thé tibétain avec du sel, du lait, et du beurre. Au lever du soleil, vous pouvez prendre une soupe de nouilles et boire du thé pendant la journée. A midi, vous mangez assez pour vous remplir l’estomac. Puis, jusqu’à ce que vous vous couchiez, vous ne prenez plus rien.
Le lendemain matin, vous prenez seulement du thé avec du sel, du lait, et du beurre ; vous ne parlez pas, sauf pour réciter ; vous faites aussi de nombreuses prosternations devant le Bouddha, la Doctrine, et la Communauté spirituelle. Puis le lendemain matin, vous prenez du thé quand vous vous levez, mais aussi, au lever du soleil, vous prenez une soupe de nouilles avec de la viande. Ainsi, vous prenez une soupe de nouilles chaque jour du mois. Le matin des jours où vous mangez, vous prenez de la soupe de nouilles, et à midi vous mangez un peu, par exemple, de l’orge grillée et mélangée à du liquide pour en faire une pâte qui sera frite. On met dessus du beurre fondu, et de la mélasse ; cela pour ne pas générer de vent, car, lorsque vous jeûnez, vous avez tendance à avoir plus de vent.
Selon votre condition physique, vous pouvez tenir avec un mélange d’eau et de jus de citron pendant peut-être trois jours, mais plus vraisemblablement, deux jours ou un seul. Mais tenir dix jours de cette façon est une situation complètement différente, qui relève des pratiques religieuses ; or je parlais du jeûne à des fins physiques.
Le meilleur moment pour jeûner, c’est au printemps, ou juste à la période entre automne et hiver. En hiver, parce qu’il fait froid, vos pores tendent à se fermer, et les substances flegmatiques restent dans le corps. Au printemps, elles commencent à fondre et, ainsi, le printemps est une bonne époque pour jeûner et s’en débarrasser. La période entre l’automne et l’hiver, est celle où les fruits et légumes, etc., ont mûri, et où leur vertu retourne au sol. De même, sur le plan intérieur, vous jeûnez, pour faire que les éléments onctueux sèchent. Grâce à cela, l’intérieur et l’extérieur sont en harmonie.
Tout le monde ne doit pas pratiquer le jeûne ; les personnes dominées par le vent ne doivent pas jeûner. Ceux qui peuvent faire usage du jeûne, ce sont les gens "flegmatiques" par nature, et qui ont un excès d’huile (selon les principes de la médecine ayurvédique).
Dr Yeshi Donden

Bouddhi

 


 

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