HICH THIÊN
CHÂU : LA MORT SELON LES BOUDDHISTES
Que se passe-t-il au moment de la mort ? Mais sait-on au juste ce
qu’est la mort et quand elle apparaît vraiment ?
Le point de vue du vénérable Tich Thiên Châu,
moine vietnamien.
Les phénomènes psychophysiques qui nous constituent
naissent et meurent perpétuellement, à chaque instant
pendant toute la durée de cette vie. En d’autres termes,
la dissolution et la disparition sans cesse répétée
de chaque combinaison psycho -physique momentanée.
A propos de l’instantanéité de l’existence,
Buddhagosa a écrit, dans le Visuddhimagga, VIII : "Au
sens absolu, nous n’avons qu’un temps de vie très
court. La vie ne dure que le temps d’un unique instant de conscience.
Tout comme la roue d’un chariot, qu’il roule ou soit immobile,
ne s’arrête jamais que sur un point de la jante. Ainsi,
la vie d’un être ne dure qu’un unique instant de
conscience. Dès que cesse cet instant, l’être cesse
aussi". La biologie nous informe aussi qu’en un an 98%
des cellules de notre corps changent. Ainsi, la mort en tant que rupture
des facultés vitales d’une forme d’existence n’est
que l’interruption temporaire d’une forme, d’une
apparence ; elle n’est pas l’annihilation complète
d’un individu ; elle est, bien plutôt, la manifestation
du passage immédiat à une autre existence. Seules les
formes des organismes cessent de fonctionner, mais l’énergie,
la soif d’existence inclue dans la force karmique, continue
de se manifester dans une autre forme de vie. En conséquence,
la loi de cause à effet opère sans interrompre les processus
de vie.
L’individu est toujours responsable de ses actions et héritera
de leurs résultats. En examinant la mort (la conception de
la mort dans le Bouddhisme) à l’aide de ces points de
doctrine, nous considérons de toutes façons la mort
comme un phénomène aussi normal que la naissance. Sur
ce sujet, voyons les explications du Bouddhisme concernant ce qui
se passe au moment de la mort.
Généralement les gens sur le point de mourir étant
physiquement faibles, ne peuvent contrôler ou diriger leurs
pensées. Aussi, des impressions provoquées par des événements
importants de leur vie présente ou de leurs existences passées,
apparaissent activement dans leur esprit qui se trouve incapable de
les rejeter.
Ceci constitue les trois sortes de pensées au moment de l’approche
de la mort :
1. Le souvenir d’actions importantes, bonnes ou mauvaises, accomplies
précédemment (karma)
2. Le symbole de ces actions (Kammanimitta), par exemple, le fusil
avec lequel on a tué quelqu’un.
3. L’image de l’endroit où l’on doit renaître
(gatini mitta), par exemple le lieu de souffrance extrême (naraka)
pour les meurtriers, ou le lieu bienheureux (devaloka) pour les généreux.
Ces trois objets de pensée que l’on ne peut choisir consciemment
apparaissent clairement dans l’esprit au moment de la mort.
Ces pensées à l’approche de la mort constituent
des actions près de la mort (maranasanna kamma) influençant
et déterminant le caractère de l’existence à
venir de la même façon que la dernière pensée
précédant le sommeil peut devenir la première
pensée au réveil.
De même, les actions les plus importantes d’une vie (garuka
kamma), ainsi que les actions habituelles, bonnes ou mauvaises deviennent
les pensées actives et prédominantes dans les dernières
minutes. Si quelqu’une de ces actions est absente au moment
de la mort, l’action cachée (katatta kamma) constitue
la force qui produit la naissance. Il y a ainsi quatre catégories
d’actions (Kamma) qui conditionnent l’apparition des pensées
qui précèdent le mort. Après que ce processus
de pensée soit apparu dans la conscience directrice (tadalambana)
dont la fonction est d’enregistrer les impressions réelles,
la pensée de la mort (cuticitta) advient. C’est la fin
de cette existence.
Du raisonnement aux preuves "Que se passe-t-il après la
mort ? " A ce propos, le Bouddha a exposé la "doctrine
de la renaissance". Cette doctrine a son origine dans l’illumination
du Bouddha et non dans aucune des croyances pré-bouddhistes
avec lesquelles elle a souvent été, à tort, confondue.
D’après cette doctrine de la renaissance, la mort est
une porte qui s’ouvre sur une autre forme de naissance. Les
deux existences sont réunies par la conscience de renaissance
(patisandhi-vinnana) qui est conditionnée par la pensée
précédant la mort (maranasanna javanacitta) et qui réapparaît
au moment de la conception, c’est à dire avec la formation
d’une nouvelle vie dans la mère. Cette conscience est
identifiée comme "l’être à naître"
(gandhabha). Immédiatement après, elle disparaît
dans le courant subconscient de la nouvelle vie (bhevangasota) qu’elle
conditionne sans interruption. C’est ainsi la conscience de
renaissance qui détermine le caractère latent d’un
individu. Il faut remarquer que le Bouddhisme ne dénie nullement
l’hérédité parentale, mais insiste sur
le fait que l’hérédité essentielle est
la force karmique incluse dans le troisième facteur, qu’on
appelle couramment "l’être à naître"
(gandhabha), de la conscience de renaissance. De la mort à
la renaissance, le courant de conscience est transmis sans l’intervention
d’aucun intermédiaire (antarabhava). De même, la
conscience de renaissance ne transmigre jamais d’une existence
passée à une existence ultérieure. Il peut être
utile de comparer cela à des phénomènes tels
que l’écho, la lumière d’une lampe, l’impression
d’un sceau ou l’image dans un miroir. Les deux existences
consécutives ne sont ni identiques ni différentes (Milindapanha
p. 40).
Comme la conscience de renaissance est conditionnée par la
force karmique, on peut renaître après la mort dans l’une
ou l’autre des cinq possibilités suivantes :
1. le lieu de souffrance extrême ?
2. le règne animal ?
3. les esprits ?
4. l’humanité ?
5. les mondes célestes.
Il est bon de dire à ce propos que la doctrine de la renaissance
qui est une théorie de la continuité de l’être
après la mort, est différente de la doctrine de la réincarnation
ou de la transmigration Hindoue ; car c’est en effet une doctrine
séparée et tenant le milieu entre les deux extrêmes
: la théorie de l’éternité (sassataditthi)
qui admet l’existence d’un ego persistant ou d’une
personnalité existant indépendamment de ses processus
psychophysiques. La théorie de l’anihilation (uccedaditthi)
qui, à l’opposé, admet l’existence d’un
ego ou d’une personnalité qui s’identifie entièrement
à un processus psycho-physique et, par conséquent, est
annihilé par la mort. La doctrine de la renaissance n’est
pas un dogme qui doit être accepté d’avance, mais
plutôt un principe qui peut être vérifié.
Les 20 cas de renaissance recueillis et analysés par le Docteur
Ian Stevenson Department of Neurology and Psychiatry School of Medicine,
University of Virginia, et publiés sous le titre de "20
cases suggestive of reincarnation" en constituent une preuve.
Par Tich Thien Châu
Bouddhisme Actualités
Kannon, bodhisattva
de la compassion
La religion populaire l’a parfois surnommée
la déesse de la compassion. Vénérée en
Chine, au Vietnam, au japon et au Tibet, Kannon a pris de nombreux
aspects et de noms pour venir en aide à ceux qui l’invoquent.
Par Bouddhisme Actualités
Sans son symbolisme, Kannon est l’une des principales émanations
de la compassion du Bouddha, l’autre étant représentée
par le bodhisattva Manjusri.
Kan signifie : observer ; on signifie le son. Kannon, c’est
celle qui entend les cris du monde. Au Japon, on l’appelle habituellement
Kannon, mais elle change de nom et de forme selon les pays où
elle est vénérée.
En Inde, Kannon prend la forme d’un beau prince, Avalokitesvara,
le " Seigneur qui regarde vers le bas " ou encore "
Celui qui entend les supplications du monde ". Avalokitesvara
est représenté comme un homme, encore que ses formes,
assez douces et arrondies généralement, évoquent
les formes féminines. Sur son chignon, il porte l’effigie
du Bouddha Amitabha, maître de la Terre pure. Dans une main,
il tient une fleur de lotus, symbole de l’esprit d’Eveil
; l’autre main forme le moudra de la non-peur. Mais nous verrons
plus loin qu’il peut avoir de nombreuses autres représentations.
Au Tibet, c’est Chenrézi, " Celui qui regarde avec
des yeux clairs ". Dans sa représentation la plus connue,
il est doté de quatre bras et repose sur un lotus. C’est
le père fondateur du peuple tibétain, le Karmapa et
le Dalaï Lama en sont l’émanation.
En Chine, Kuan-yin, sous l’influence du tantrisme et du taoïsme,
devient femme. Dans le tantrisme, en effet, tout bouddha ou bodhisattva
a sa compagne féminine ; la femme représente la sagesse,
l’homme la compassion, l’union des deux étant l’éveil.
Au Japon, aussi, Kannon est représenté sous des traits
féminins.
Les différentes formes de Kannon
Homme ou femme, le bodhisattva de la compassion revêt
différentes formes. Il est parfois doté de mille bras
et mille yeux (il voit tout et agit sur tout), parfois de onze visages
et mille bras. On le représente, dans l’iconographie
ou la statuaire, debout sur un nuage, ou chevauchant un dragon ou
encore debout sur un rocher au milieu des vagues déchaînées.
Tantôt il arbore une tête de cheval et chevauche un lion
- image terrible -, tantôt il tient un filet et une corde pour
étendre sa compassion sur tous les êtres.
Kannon est compassion agissante. Elle revêt une infinité
de formes ; elle est muso, non-posture, non-forme. Elle est libre
de prendre toutes les formes, d’apparaître à tout
moment et en tout lieu.
Kanjisai bosatsu
Autre forme de Kannon, Kanjisai, bodhisattva de la
vraie liberté, celui que l’on invoque au début
de l’Hannya Shingyo. Parce qu’il comprend, par l’observation
de zazen, que toutes les perceptions et tous les phénomènes
sont sans substance, ku, vacuité, il demeure tranquille et
sans crainte, mushotokou, sans ego. Parce qu’il n’est
pas mené par les phénomènes, il incarne la vraie
liberté. Parce qu’il réalise que toutes les souffrances
sont ku, il aide, résout et coupe, par cette compréhension,
la racine de toutes les souffrances.
Le Kannon Gyo
On ne peut parler du bodhisattva de la compassion
sans évoquer le Karman Gyo, 25e chapitre du Soutra du Lotus,
l’un des principaux soutras du Mahayana. Avec l’Hannya
Shingyo, le Kannon Gyo est le soutra le plus répandu au Japon.
On peut dire que le premier est masculin, le second féminin.
Bouddha s’adresse à Mujini, bodhisattva de la compréhension
parfaite : " Si les êtres sensibles prononcent le nom de
Kannon, en grande concentration et mushotokou, ils peuvent atteindre
la parfaite liberté. " Si on se concentre sur le nom de
Kannon, on peut aller au-delà de tous les périls et
de tous nos démons. " Lorsque Kannon veut éduquer,
apporter son aide, elle se métamorphose et transmet le Dhar
. " Bouddha ou démon, prostituée ou porteuse de
poissons, Kannon prend une forme différente pour chaque être
à qui elle apporte son aide. Nous-même, dans chaque situation
différente, manifestons des formes différentes de Kannon.
Nous-même, lorsque nous sommes mushotokou, sans ego, lorsque
nous consacrons notre vie au Dharma, nous sommes Kannon. Tout devient
alors Kannon, non-peur, grand bonheur, liberté infinie. Comme
Kannon, le bodhisattva joue sur la Voie, en parfaite liberté
de forme, de lieu, de temps. Il réalise gan, le grand voeu
pur du bodhisattva.
Le pouvoir de Kannon
Le texte du Kannon Gyo est d’une grande beauté
poétique : " Si vous êtes cernés par des
animaux féroces, que leurs crocs aiguisés et leurs griffes
acérées vous terrorisent, à ce moment-là,
si vous vous concentrez sur le pouvoir de Kannon, ces démons
s’enfuiront au loin... Si vous êtes cernés par
des voleurs, des assassins et des brigands et que chacun d’eux
brandit une épée et vous menace, à ce moment-à,
si vous vous concentrez sur le pouvoir de Kannon, chacun d’eux
sera animé de l’esprit de compassion... "
Nen pi Karman riki : se concentrer sur le pouvoir de Kannon. Ce mantra
revient douze fois dans le poème. Se concentrer sur le pouvoir
de Kannon, c’est alléger son esprit, abandonner l’ego,
s’harmoniser avec le pouvoir cosmique. Par le pouvoir de mushotokou,
de hishiryo, Kannon apparaît en nous et l’égoïsme
s’évanouit. On peut alors résoudre toutes les
difficultés. Un ancien disciple me racontait qu’à
l’époque où Maitre Deshimaru commentait ce soutra,
il lui dit un jour en sortant du dojo : " Mais, Sensei, nous
sommes des Occidentaux, nous ne pouvons pas croire à ces histoires...
" Sensei lui répondit : " C’est mieux de croire
que de ne pas croire ". La foi est importante, c’est le
non-doute, la non-peur : foi dans notre nature de Kannon. Animé
de cette foi, le bodhisattva peut réaliser son grand voeu et
sauver toutes les existences.
" Progressivement, tout s’évanouira et apparaîtra
la sagesse illimitée, l’observation compatissante qui
fait décroître les souffrances et apporte la joie et
le bonheur. Le pur et saint esprit de Kannon procure une grande aide
dans la souffrance.
Il possède tous les mérites et vertus et regarde tous
les êtres sensibles avec des yeux compatissants, L’océan
du bonheur est infini... Dans tous les pays du monde le corps de Kannon
se réalise. "
On doit donc à Kannon la plus grande vénération.
"Zen" Avec l’aimable autorisation de l’AZI
Mars 2001
Kinh Tam, la jeune
fille qui avait usurpé la robe de moine
La tradition bouddhique dans le Sud-Est asiatique
se transmet de différentes façons dans le peuple. Mimes,
marionnettes, contes, chansons, danses sont autant de moyens d’expression
pour transmettre, de génération en génération,
les légendes et autres histoires fictives ou réelles
ayant un lien avec le Dharma. Au Vietnam, le théâtre,
est un outil de cette transmission.
Par Bouddhisme Actualités
Au Vietnam, Quan Am Thi Kinh est le personnage principal d’une
pièce de théâtre et d’un roman du même
nom. Dans cette pièce, qui date du XVe ou XVIème siècle,
plusieurs parties sont chantées en hanh (chant des moines)
ou en kê (gâtha). Les linguistes, en comparant les deux
textes, ont pu déterminer que la pièce de théâtre
a été créée et jouée au sein de
la classe paysanne et que le roman est l’oeuvre d’un lettré
compétent à la fois en confucianisme et en bouddhisme.
Le théâtre, par le mouvement des acteurs, les dialogues
plus " imagés " est un moyen de communication plus
efficace pour transmettre les éléments de la culture
religieuse. Les moines l’avaient parfaitement compris et encourageaient
les acteurs autant qu’ils le pouvaient.
Dans le roman, dont la rédaction est plus tardive (probablement
vers le XVIIème siècle) l’histoire de Quan Am
Thi Kinh est plus complexe. De fait, en dehors des lettrés
appartenant aux classes dominantes, le texte ne connût jamais
la même popularité.
Elle se réfugie dans un monastère
Le thème de la pièce est assez surprenant,
mais il se peut qu’il repose sur un fait divers tout à
fait authentique. Le héros est Quan Am Thi Kinh (Thi Kinh,
nom de religion : Kinh Tam - étant une des incarnations de
Kouan-Yin, l’aspect féminin du Bouddha en Chine et au
Viet Nam) est le même. Il s’agit d’un jeune homme
qui aurait pris l’habit monastique pendant neuf vies consécutives.
A la dixième renaissance, la dernière avant d’accéder
au monde des Bouddhas, ce moine s’incarna dans le corps d’un
bébé de sexe féminin dans une famille du nom
de Mang, à Ho Nam (district de Lung Tai, province de Dai Bang
en Corée). Cette fille, prénommée Thi Kinh était,
dit-on, ravissante, vertueuse et douée. De jeune venue fille,
elle fut donnée en mariage à Thien Si, un jeune homme
de la famille des Sung. Thi Kinh gérait du mieux qu’elle
le pouvait son foyer pour donner à son mari le temps d’étudier.
Un soir, fatigué par les études, Thien Si s’assoupit
sur son fit. Sa jeune épouse, qui se livrait à des travaux
de couture à son côté, aperçut un poil
de barbe poussant à rebours sur le menton de son mari ; elle
voulut la couper avec un couteau. Son mari, se réveillant en
sursaut, crut que son épouse tentait de l’assassiner
! Toutes les explications et les supplications de la jeune femme ne
réussirent pas à convaincre les gens de son innocence.
Chassée de sa belle-famille la malheureuse épouse se
déguisa en homme et se fit admettre comme jeune bonze à
la pagode Vân, sous le nom de Kinh Tam.
Mais la beauté naturelle de Kinh Tam attisa les désirs
de Thi Mau, la fille d’une famille riche du village, où
était implanté le monastère. Cherchant en vain
à séduire le jeune bonze, mais ne parvenant pas à
concrétiser son dessein, Thi Mau se donna à un garçon
de ferme.
Enceinte et blâmée par le village, elle rejeta la faute
sur Kinh Tam. Le jeune moine chercha en vain à se défendre.
Afin de calmer les esprits, le moine en chef de la pagode dut payer
l’amende pour Kinh Tam pour obtenir sa liberté, mais
ne l’autorisa alors qu’à s’abriter seulement
sous le portique de la pagode. Quelques semaines plus tard, Thi Mau
accoucha d’un garçon et vint le déposer à
la pagode, pour l’abandonner et le confier aux soins du "père".
Malgré son embarras, Kinh Tam prit en charge l’enfant.
En dépit de l’hostilité des gens du village, chaque
matin il allait mendier du lait pour l’enfant. Sa santé
déclina quand son " fils " sut à peine parler.
Il écrivit alors une lettre à ses parents, les priant
de confier l’enfant au bonze en chef de la pagode à sa
mort, puis il expira. C’est alors que la vérité
éclata. En préparant le corps pour les funérailles,
on découvrit avec stupéfaction que le moine Kinh Tam
était en réalité une jeune femme !
Faire triompher la vérité
Dès lors, la notion de sacrifice et de compassion
de cette jeune femme, qui avait endossé deux rôles dans
lesquels elle s’était totalement impliquée : celui
de moine et de père de famille, en acceptant d’adopter
l’enfant innocent victime, comme elle, du mensonge et de la
calomnie. Du coup, son action de compassion et sa sainteté
furent unanimement reconnues.
Mais pour ajouter au merveilleux, la pièce de théâtre
se termine par l’acte de la cérémonie en faveur
de l’accession de Kinh Tam au monde des Bouddhas. Le Bouddha
apparaît alors et annonce sa décision d’accepter
Kinh Tam dans le nirvana. Le moine en chef de la pagode Vân
chante alors en versets
Maintenant, Thi Kinh a de la chance,
Elle est devenue d’une puissance sans limites, -
Elle est capable de faire accéder au nirvana
Et ses parents, et son mari, et son enfant,
Et cela, au vu et au su de tout le monde.
Le moine voulait ainsi démontrer qu’en suivant le bouddhisme,
on peut payer la dette de reconnaissance envers ses parents et en
même temps venir en aide à autrui, qu’on peut accomplir
à la fois les devoirs de piété et d’humanité
et que le bouddhisme ne va pas à l’encontre du confucianisme.
Le roman développe ce point plus longuement et rajoute quelques
rebondissements intéressants.
Reconnaissant l’innocence de Kinh Tam, le village obligea Thi
Mau à porter le deuil de la disparue et à payer tous
les frais de son enterrement. Le texte précise que les parents
de Kinh Tam ainsi que Thien Si, son ex mari, accoururent aussi à
temps et furent tous témoins de son élévation
au rang de Bouddha. Les parents et l’enfant furent par la suite
admis au monde des Bouddhas, mais seulement à côté
de Kouan - Yin Thi Kinh et assis sur le même socle en forme
de fleur de lotus ; quant à l’ex-mari, Thien Si, il fut
métamorphosé en perroquet se perchant sur le même
socle.
Des iconographies relatent cet épilogue où la morale
aiguise la justice, illustrant les vers du dernier tableau de l’histoire
de Kinh Tam la miséricordieuse, devenue Bouddha par la grâce
de ses mérites karmiques et de ses bonnes actions ?
"Que le pouvoir de Bouddha est miraculeux !
Peut-être le monde des Bouddhas est-il près d’ici
quelque part.
Au milieu du ciel, se dresse un mur de nuages
Bouddha en personne descend à cet autel,
Et apparaît à chaque minute la famille entière.
jouissant silencieusement du bonheur des retrouvailles.
Sur décision du Bouddha Thien Ton, Kinh Tam est élevée
au grade de Bouddha Kouan-Yin,
Quant à l’enfant, il est autorisé à rester
Dans la main de cette dernière. Thien Si, le stupide, est transformé
en perroquet se posant à son côté.
Ordre est donné aux parents de Kinh Tam de monter aussi à
l’autel.
Ainsi la famille entière est admise au monde des bouddhas
Pour y jouir du bonheur éternel ».
Par sa valeur littéraire, le roman en vers sur Quan Am thi
Kinh mérite sa place dans l’histoire de la littérature
bouddhique du Vietnam.
Octobre 2000
Bouddhisme Actualités
Khandro Rinpotché
: "La révolution tranquille des moniales a commencé"
Par Bouddhisme Actualités
Khandro Rinpotché est une des rares femmes tibétaines
à être considérée comme maître spirituel.
Appréciée en Occident pour sa chaleur et son style d’enseignement
direct et pénétrant, elle a expliqué à
Pierre-Yves Ginet que la situation des nonnes était en train
de changer.
La place des femmes paraît actuellement assez limitée
dans la communauté bouddhiste tibétaine. Vous êtes
probablement le maître féminin le plus éminent
de notre temps. Quelles sont vos remarques sur ce sujet.
Si on se réfère à l’histoire, c’est
vrai, il n’y a eu que peu de maîtres importants qui étaient
des femmes. Mais si l’on considère la contribution des
femmes au bouddhisme tibétain, alors il me semble que leur
place est beaucoup plus importante qu’il n’y paraît.
Dès l’origine du bouddhisme au Tibet d’ailleurs,
puisque Yeshé Tsoguial était la principale disciple
de Padmashambava : nos enseignements ne seraient pas ce qu’ils
sont sans son rapport. S’il y a eu moins de grands Tulkous femmes,
je crois que c’est surtout dû au fait que la société
tibétaine, comme toutes les sociétés orientales,
a toujours été dominanée par les hommes : dans
un monde patriarcal, les femmes doivent se battre davantage pour atteindre
le même résultat que les hommes.
Je suis un tulkou, issue d’une famille très respectée,
mais même pour moi, parfois, en tant que femme, je me heurte
à certaines réticences. Alors j’imagine ce que
cela peut être pour des femmes qui n’ont pas ma situation
et mon histoire. Je pense que la mentalité tibétaine,
globalement, accepte désormais l’idée que les
femmes peuvent être de très bonnes pratiquantes, mais
il y a toujours une certaine retenue face à des tulkous femmes
: les Tibétains doutent encore que des femmes puissent être
de très grands maîtres. Certains refusent aussi, pour
de multiples raisons plus ou moins cachées, l’idée
qu’une femme puisse atteindre l’Eveil dans un corps de
femme, au cours de son existence.
Ceci dit, en reprenant l’histoire, on note tout de même
qu’il y a eu un certain nombre de Tulkous femmes, surtout dans
la tradition Kagyu, même si les écoles Sakya et Nyingma
ont également fourni des maîtres féminins d’importance.
Hormis ces Tulkous, il faut également souligner que nombre
de grands maîtres, et en particulier dans la lignée de
mon père, Mindruling Rinpotché, ont eu des filles très
actives, parfois exceptionnelles, qui ont joué un rôle
considèrable pour faire perdurer la doctrine et les enseignements.
Chaque génération, à chaque époque, a
en fait connu des femmes qui ont joué un rôle primordial
pour la propagation de la tradition. Avant 1949, il y avait un nombre
considèrable, le moniales et de couvents, même si ce
fait très connu. Ces centres d’études étaient
de grande qualité, probablement plus qu’ ils ne l’avaient
jamais été. Avec l’invasion chinoise, beaucoup
de nonnes ont du quitter ces enceintes. Beaucoup ont choisi l’exil.
A la fin des années cinquante et au début des années
soixante, la situation des réfugiés tibétains
était extrêmement difficile et, pour survivre, certaines
nonnes sont revenues à la vie laïque, ont fondé
une famille.
A la fin des années soixante-dix, la vie devenant moins délicate
en exil, certains grands maîtres, dont le XVIème Karmapa
et Dilgo Khyentse Rinpotché, ont encouragé de façon
très vive la "renaissance" des nonnes. J’étais
encore très jeune mais je me rappelle très bien les
propos du Karmapa, chaque fois que nous le rencontrions : il disait
toujours que l’avenir des nonnes était essentiel pour
notre société. Les années quatre-vingt furent
marquées par un grand renouveau des moniales, en exil comme
au Tibet. Cela perdure encore aujourd’hui. Les nonnes sont de
plus en plus nombreuses et les enseignements qu’elles reçoivent
sont de bien meilleure qualité. Cela reste bien sûr difficile,
dans une société tourjours dominée par les hommes,
mais je crois que globalement, la communauté tibétaine,
laïque et religieuse, soutient cet essor des moniales.
La plupart des maîtres, hommes ou femmes, gardent les moines
et les nonnes auprès d’eux pour la vie. Je crois que
cela devrait changer. Après une quinzaine d’années
d’enseignement auprès d’un maître, une nonne
devrait le quitter pour partir vers un autre couvent, propager ce
qui doit l’être, et devenir cet exemple vivant qui serait
beaucoup plus efficace que de grands discours pour la communauté
qui l’accueillera. Mais ce mouvement ne doit pas seulement être
de la responsabilité des maîtres. Il doit aussi être
impulsé par les moniales. C’est mutations prendront sans
doute encore du temps, même si le mouvement s’accélère
depuis quelques années, mais encore une fois, je suis très
optimiste sur ce qui va se passer à ce sujet dans les années
à venir.
Oui, mais aujourd’hui dans les couvents la plupart des maîtres
ou des oumzés (1) sont des hommes.
C’est exact. Si vous placez un homme à ces responsabilités
dans un couvent pour une période restreinte, cela peut être
bénéfique. Mais si c’est façon permanente,
je ne crois pas que cela soit souhaitable. Là, c’est
évidemment du ressort des maîtres.
En tant que Rinpotché, quelles relations avez-vous avec les
Tulkous hommes ? Font-ils une différence du fait que vous soyez
une femme ?
Maintenant ils sont probablement habitués. Je ne vous cacherais
pas que parfois, avec quelques rares personnes, je vis encore des
situations assez amusantes. Mais c’est très rare. Aujourd’hui,
j’ai vraiment l’impression qu’il y a beaucoup de
sympathie à mon égard. Au début, je pense qu’ils
étaient surtout gênés, car c’était
la première fois qu’ils étaient confrontés
à cette situation et ils ne savaient pas comment se comporter.
Mais j’insiste, cela ne génère jamais quelque
chose de très important, juste des petits quiproquos sans importance.
Propos recueillis par Pierre-Yves Ginet (1) Maître de discipline
d’une communauté
Bouddhisme Actualités
La légende de
Kouan-Yin déesse de la compassion
Kouan-Yin, bodhisattva de la compassion, dont un
dit que le Dalaï-lama est l’émanation, fait l’objet
d’une véritable dévotion dans toute l’Asie.
Son histoire alimente bien des légendes. Au Vietnam où
elle est particulièrement vénérée, Kouan-Yin
puise ses origines dans une famille royale.
Par Jean-Pierre Chambraud
Au Vietnam, Kouan-Yin fut appelée Quan Am Nam Hai (Kouan-Yin
de la mer du Sud). De son vrai nom : Dieu Thien, Kouan-Yin et ses
deux soeurs, Dieu Thanh et Dieu Am, filles du roi Subhavyuha du Hung
Lam, auraient été dans leur vie antérieure les
trois fils de la famille des Thi connue pour sa bonté et sa
grande piété. Dans la littérature vietnamienne,
deux romans Quan Am Thi Kinh et Quan Nam Hai, écrits vers la
fin du XVIème siècle, reprennent le principe de Kouan-Yin,
emanation féminine de Avalokitesvara (Tchenrezi pour les Tibétains)
que l’on a intégré à des histoires populaires.
Le message, présenté souvent sous forme théâtrale,
présente Kouan-Yin sous les traits d’une jeune femme
qui, dans sa vie antérieure, était un jeune homme. Le
livre bouddhique vietnamien Pho Mon Kinh Phap Hoa, explique que le
bodhisattva, dans ses voyages en Inde, en Chine et au Vietnam, s’est
métamorphosé en femme. Son entourage, des bouddhistes
en train de réciter le livre bouddhique Phap Hoa, ne fit aucune
attention à sa présence, rappelant par là l’aspect
humain, humble et discret du bodhisattva. Les moines qui ont rédigé
les textes du Phap Hoa insistent sur cette particularité :
" Pour venir en aide à autrui, Kouan-Yin est prêt
à se métamorphoser en n’importe qui : le roi,
le premier ministre, l’enfant, la femme... ". Ainsi, au
Vietnam, comme dans certains autres pays d’Asie, là où
apparaît un être doté d’un coeur généreux,
est-on prêt à le considérer comme l’incarnation
de Kouan Yin. Cela a donné naissance dans la littérature
bouddhique vietnamienne à de singulières légendes
où les histoires font toujours triompher la victoire du bien
sur le mal, la justice sur l’injustice, l’amour et la
compassion sur la haine et la violence.
Quan The Am (Avalokitesvara) signifie "l’homme
qui est à l’écoute des lamentations de la vie",
pour venir en aide aux malheureux. Ses deux soeurs, Dieu Thanh et
Dieu Am fondèrent un foyer. Quant à la princesse Dieu
Thien, elle entra en religion bouddhique et deviendra par la suite
Kouan-Yin de la pagode Huong Tich. Le refus de la princesse de prendre
mari provoque la colère du roi qui la chasse du palais royal
et la force à vivre dans le jardin familial. Sa mère
et ses deux soeurs viennent en cachette pour tenter de la dissuader,
mais la princesse persiste dans sa résolution. Le roi l’envoie
alors dans une pagode où le bonze en chef a reçu l’ordre
secret du roi de la décourager de sa foi par des travaux pénibles.
Mais tout en vaquant à des travaux multiples : transporter
de l’eau, faire la cuisine, balayer la cour... et assurant un
volume de travail pour dix personnes, Dieu Thien étudie régulièrement
les leçons bouddhiques et pratique assidûment la méditation.
Après plusieurs semaines d’attente vaine, le roi donne
l’ordre d’incendier la pagode, croyant que les bonzes
lui ont été désobéi. La princesse regarde
alors le ciel et prie Bouddha de venir en aide. Un dragon descendit
aussitôt et éteignit l’incendie en crachant de
l’eau. Le roi donna l’ordre qu’on coupe la tête
de la désobéissante. Mais l’épée
se cassa dès qu’elle toucha le cou de la jeune fille.
Alors, le ciel s’assombrit et le tonnerre se mit à gronder,
un tigre vint et emmena Dieu Thien on ne sait où.
Le fauve déposa la princesse au sommet d’une colline,
L’âme de la jeune fille descendit dans les enfers et passa
par les dix-huit enfers où elle assista aux souffrances endurées
par les criminels après leur mort. Son guide lui dit qu’elle
ne figurait pas encore sur la liste des morts et que le roi des Enfers
voulait simplement lui faire faire ce voyage " pour lui montrer
les conséquences karmiques des êtres dans ce lieu terrible.
"
Afin de dissuader les fidèles et frapper leur
l’esprit, les moines ont donné libre cours à leur
imagination, donnant des enfers une vision dantesque où les
scène rappellent les peintures de Jérôme Boch.
Par exemple, la partie réservée aux mandarins et notables
corrompus : " Dans l’enfer du char de feu, la chair est
écrasée sous ses roues. Cette peine est réservée
aux gens qui oppriment les faibles et s’emparent des terres
d’autrui. Dans l’enfer de la cheminée de bronze
rouge. Les notables corrompus doivent l’embrasser. "
Dans la partie réservée aux escrocs et aux malhonnêtes,
le spectacle n’est guère plus réjouissant : "
Dans l’enfer où on arrache les langues. A la pince, on
arrache les langues jusqu’au sang. C’est la sanction infligée
aux gens qui usent de leur langue pour semer le trouble et nuire aux
autres."
Affligée par ces scènes, Dieu Thien s’emploie
à prier Bouddha et à invoquer ses sentiments de miséricorde.
Touché par l’esprit de charité de la princesse,
le roi des Enfers accorde la grâce aux suppliciés. L’âme
de la jeune fille retourne au monde des vivants et entre dans son
corps. Bouddha Nhu Lai veut lui faire subir une dernière épreuve.
Sous l’apparence d’un beau jeune homme, il tente de la
séduire. La jeune fille reste inébranlable devant les
avances du jeune homme, qui reprend alors la forme de Bouddha et indique
à Dieu Thien le chemin menant à la pagode Huong Tich
:
" Bouddha lui dit alors qu’il y a une pagode au mont Huong
Tich, tout près de la
Mer du Nam Viet (ou Vietnam), qui s’y rendra prier pour devenir
Bouddha. " Sur ces conseils, la jeune fille vint à Hunng
Tich : En ce point, les sommets de montagne touchent au ciel, un pagodon
solitaire s’y perd au milieu d’une végétation
qui verdoie toute l’année, Des nuages aux cinq couleurs
le couvrent et se mirent dans l’eau pure d’un proche bassin.
Après plusieurs années de vie religieuse, Dieu Thien
devint enfin le Bouddha Kouan-Yin : " Doté d’un
pouvoir miraculeux, Bouddha peut se métamorphoser en plusieurs
sortes d’êtres. Il peut regarder dans tous les coins du
monde des vivants ; Et il est attentif à tout ce que l’on-dit
au loin comme dans son voisinage ", disent les textes.
Pour sa capacité à se métamorphoser pour venir
à temps en aide aux malheureux et à tout voir, tout
connaître, il a été symbolisé par un Bouddha
aux mille bras et mille yeux. " Ces mille yeux et ces mille bras
efficaces proviennent d’un même esprit ".
Février 2000
Jean-Pierre Chambraud
Sogyal Rinpotché
: apprivoiser la mort, c’est apprendre à vivre
Apprendre à mourir c’est, paradoxalement,
apprendre à vivre. Sogyal Rinpotché aborde les changements
de conscience de ceux qui s’apprètent à quitter
le plan matériel.
Par Jean-Pierre Chambraud
La condition idéale est d’entrer dans la mort en pleine
conscience, mais on peut constater que la douleur physique précède
et accompagne le mourant. De fait, il semble difficile de maintenir
une conscience vigilante jusqu’au dernier soupir.
La chose la plus importante est l’atmosphère autour du
mourant. On doit s’efforcer de créer une atmosphère
aimante, qui vous soutient, et souvent minimise la douleur. Un tel
environnement favorise un type de conscience où le lâcher
prise est nécessaire pour quitter, dans de bonnes conditions,
son enveloppe physique. Il est évident que, pour un bouddhiste,
le fait d’écouter parfois une cassette de messages spirituels
contribue à créer un environnement mieux adapté.
Je connais beaucoup de cas de personnes qui ont été
aidées ainsi. Quant aux personnes sur le point de mourir, elles
aussi, se sentaient très heureuses car, en dehors des souffrances
physiques, il y a aussi beaucoup de souffrances émotionnelles.
L’essentiel est de ne pas laisser distraire, de garder un esprit
pur. Même si vous n’êtes pas capable de demeurer
complètement centré (quelquefois les gens ne peuvent
pas pratiquer) par l’amour et la présence on peut soutenir
la personne. La chose la plus importante, ce sont les dernières
pensées. Au moment de la mort, il est bon de demander le pardon,
de demander la purification et d’unir son esprit avec l’esprit
de sagesse du Bouddha, (du Christ ou de la Vierge Marie s’il
s’agit d’un chrétien) et de demeurer dans sa présence.
C’est le mieux que nous pouvons faire, je pense.
Le gouvernement du Danemark vient de légaliser, sous certaines
conditions, l’euthanasie. Est-ce un progrès social ?
Beaucoup de choses sont décrétées bonnes ou mauvaises
au nom d’une morale, d’une tradition et les opinions dans
un sens ou dans l’autre, sont très fortes. Il nous faut
regarder la situation véritable de la personne mourante. Bien
sûr, il y a des considérations qui sont liées
à des croyances religieuses, mais le fait qu’il y ait
une telle législation, signifie qu’ on commence à
prêter une véritable attention à la personne en
train de mourir. Et çà, c’est une bonne chose.
On parle beaucoup du transfert de conscience de certains maîtres
spirituels d’un corps physique à un autre. Connaît-on
le cas de maîtres qui ne se sont jamais réincarnés
?
Il y a des récits de lamas qui disent qu’ils ne se réincarneront
pas. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne se réincarnent
pas. Simplement, ils ne veulent pas être reconnus comme tulkous.
C’est un point subtil sur les réincarnations au Tibet
dont j’ai parlé dans mon livre.
Propos recueillis par Jean-Pierre Chambraud
Bernie Glassman, moine
zen : sa compassion est dans la rue
Les sans-ego descendent dans la rue de New-York mais
aussi des garndes villes du monde pour aider les sans-abri, les sans
espoir. De cette rencontre est né une formidable aventure où
le bouddhisme social exprime sa véritable dimension.
Par Jean-Pierre Chambraud
Tout le monde l’appelle Bernie. Une familiarité qui passe
bien auprès de ses amis de toujours, ces « renonçants
» malgré eux, ces rejetés de la société,
qui ne possèdent rien et qui dor-ment sous un carton, dans
les rues de New-York.
Bernard Glassman, 60 ans, juif américain d’origine polonaise,
a été dans sa jeu-nesse ingénieur chez McDonnell-Douglas.
A l’âge de trente ans, il devient moine bouddhiste, et,
depuis plus d’une vingtaine d’année, il enseigne
le Zen qu’il a étudié auprès de grands
maîtres japonais. Au milieu des années 80, il s ‘engage
dans diverses actions sociales dans l’État de New—York
: relogement de familles déshéritées, accompagnement
des malades du sida, création d’une boulan-gerie destinée
à fournir du travail aux SDF, etc.
Au contact de la détresse humaine, sa compassion le pousse,
non pas à réagir, mais plutôt à agir.
Vivre pour les autres
A sa manière, Bernie Glassman est un peu une sorte d’Abbé
Pierre du Zen. En janvier 1994, alors qu’il dirige une «
retraite de rue » à Washington, Glassman déci-de
de fonder un ordre de pratiquants du Zen consacré à
la paix : l’Ordre Zen du Peacemaker (artisans de paix) où
il défend l’idée d’un « bouddhisme
engagé », dans lequel la conscience issue de la pratique
de la méditation s’investit dans des actions quotidiennes
au service des autres et de la justice. Ces bouddhistes d’un
type nouveau prononcent des voeux spécifiques qui les engagent
à porter témoignage des joies et des souffrances du
monde. Dans cet esprit, ils organisent aux États-Unis, en Allemagne
(et l’an prochain en France) des retraites dans la rue, visant
à faire eux-mêmes l’expérience de la plus
extrême précarité, à rencontrer ceux qui
la vivent tous les jours, à les aider spirituellement et matériellement.
« Dans l’Ordre des Peacemakers, explique Bernie, notre
pratique est de lâcher prise. Nous lâchons non pas les
choses que nous connaissons mais notre attachement à celle-ci.
La distinction est importante. Dans la mesure où nous souhaitons
faire la paix dans tous les domaines de la vie, nous avons besoin
d’utiliser tous les outils à notre disposition, la moindre
parcelle de savoir et la moindre avancée technologique. Ce
que nous voulons est le sac de Hotei. Hotei est un personnage bouddhiste
zen qui est représenté dans une série célèbre
de dessins ayant pour sujet la route vers l’illumination. La
quête est longue et ardue. Le dessin final montre Hotei de retour
sur la place publique portant un sac sur son épaule. Il est
prêt à travailler avec tout le monde et avec tout ce
qui surgit. Son sac contient tout ce dont il pourrait avoir besoin
: s’il rencontre un mendiant, il met la main dans son sac et
en extrait des pièces de monnaie, s’il trouve un enfant
malade allongé sur la route, il plonge la main dans son sac
et en sort un bandage, s’il croise un jardin rempli de mauvaises
herbes, il en extrait un râteau et une binette. Nous autres
Peacemakers, nous voulons aussi nous munir d’un sac de Hotei
dans tous nos déplacements, et nous souhaitons, qu’il
contienne tout ce dont nous pourrions avoir besoin. Ainsi, si nous
croisons une personne ayant le sida, nous lui donnerons des médicaments,
si nous rencontrons une famille sans endroit où aller, nous
lui trouverons un logement. Nous demandons à avoir autant de
connaissances et de ressources possibles, mais à moins d’appréhender
une situation à partir d’un état où nous
abandonnons nos idées préconçues, nous ne saurons
pas ce qu’il faut aller quérir. Si nous rencontrons un
héroïnomane, nous pourrions l’emmener dans un centre
de désintoxication ou lui donner des seringues afin de lui
éviter une infection par HIV. Si nous apercevons sur Times
Square une prostituée raccolant par un soir de neige, nous
pourrons lui dire de s ’ arrêter, lui offrir une tasse
de café pour la réchauffer ou lui donner un préservatif
afin quelle continue à se protéger. Le sac d’
Hotei contient toutes ces choses. Ce que nous allons puiser dans le
sac va dépendre de nos préjugés et de nos jugements,
et par conséquent moins nous avons d’idées sur
ce qui est juste ou injuste, sur ce qui est bien ou mal, plus nos
réponses seront naturelles et spontanées. »
Pour les vivants et les morts
La personnalité de Bernard Glassman a eu un impact important
dans le bouddhisme américain et dans la société
new-yorkaise, et il est connu pour avoir opéré des «
conversions » spectaculaires (un vétéran du Vietnam,
un dealer important, etc.). Il est aussi engagé dans le dialogue
interreligieux avec des rabbins et des chrétiens. Enfin et
surtout, depuis cinq ans, il organise des retraites inter-confessionnelles
à Auschwitz, avec méditation en silence dans le camp,
récitation des noms des victimes pendant plusieurs jours, prières
juives et témoignages. Ces sessions, qui ont lieu tous les
ans au mois de novembre sur ce site, sont parmi les actes de mémoire
les plus intenses et les plus troublants. Mais Bernie Glassman souhaite
étende son action à tous les lieux de conflits historiques,
de massacres et de génocides. C’est notamment aux Etats
Unis où les Indiens furent massacrés par les colons
européens, en Chine avec le massacre de Nankin, en Irlande
du Nord et ses attentats meurtriers. La sélection peut sembler
arbitraire à certains, mais les actions se multiplient un peu
partout dans le monde, élargissant du même coup la liste
des lieux tristement célèbres. Bernie est un personnage
atypique et ses actions de mémoire ne s’arrêtent
pas aux grandes dates de l’histoire. Il envisage également
de réhabiliter, dans le devoir de mémoire, les guérisseuses
qui, dans les siècles passés, étaient considérées
comme des sorcières, traquée, dénoncées,
torturées et brûlées vives par les inquisiteurs
de l’Eglise catholique romaine. Ce feu destructeur et «
purificateur » ne laisse pas insensible Bernie Glassman qui
voit là une analogie certaine avec l’holocauste des camps
nazis.
Selon les enseignements du Bouddha, tant que la roue du samsara tournera,
la souffrance affectera tous les êtres sensibles (visibles et
invisibles) des différents mondes. Aider les êtres qui
souffrent serait donc une tâche sans fin. . . Un peu démoralisant
? « Vous savez, dit Bernie Glassman, le bodhisattva considère
que ce travail est sans fin et incompréhensible. Quand je regarde
ce qu’il faudrait faire, c’est incroyable et c’est
accablant... Mais, si je considère mon propre corps et l’activité
qui s’y déroule en permanence, combien de cellules tombent
malades et ce que doit faire ce corps pour se soigner, les microbes,
les toxines dans la nourriture, les toxines dans l’air que l’on
respire, c’est tout aussi accablant. Mais je ne me sens pas
attristé pour autant. C’est la vie. »
Paradoxe de l’évolution technologique, et d’une
vision sociale essentiellement orientée sur l’acquisition
des biens matériels, nos sociétés modernes fabriquent
de plus en plus d’indigents baignés dans des univers
de violence physique et morale. Avec l’aide des milliers de
bénévoles, répartis dans le monde entier, le
fondateur de l’Ordre de Pacemakers entend bien mener une véritable
croisade auprès des plus démunis et de reconstituer
avec eux le lien affectif, moral et spirituel qui leur manque pour
retrouver leur place au sein de la société.
« S’ouvrir à l’inconnu, abandonner ainsi
toute opinion figée de nous-même et du monde. Porter
témoignage de la joie et de la souffrance du monde. Nous guérir
nous-même et guérir autrui. » Tels sont les trois
principes prônés par Bernie Glassman (1) et qui constituent
le fondement du travail de la communauté de l’Ordre des
Peacemakers. La recette a, semble-t-il, du succès puisqu’en
France des antennes se sont constituées pour tendre la main
à ceux qui en ont besoin.
(1) Bernie Glassman vient de publier " l’ Art de la paix,
un maître zen engagé dans le monde d’aujourd’hui
", paru chez Albin-Michel
Article mis en ligne avec l’autorisation grâcieuse de
Jean-Pierre Chambraud, de Bouddhisme Actualités.
Voir aussi :
Notes de lecture du livre de Bernie Glassman : Le message de Bernie
Glassman, maître zen : porter témoignage de l’intégralité
de la vie.
Zen et action sociale : l’ordre des peacemakers, compte-rendu
de la journée du 21 octobre
Communauté des Peacemakers
Michel Dubois
22 avenue Pasteur
93100 Montreuil
Tél/fax . 0149889165
site internet : www.peacemakercommunity.com
Novembre 2000
Jean-Pierre Chambraud
Bouddhisme et médecine
ayurvédique au Sri-Lanka
La médecine ayurvédique est largement
utilisée dans les hôpitaux et les dispensaires du Sri-Lanka.
Les moines bouddhistes, longtemps détenteurs de cette science
millénaire, ont perpétré le caractère
social et gratuit de cette étonnante médecine.
Par Jean-Pierre Chambraud
D’un certain point de vue, la médecine peut être
considérée comme un véritable sacerdoce où
l’humilité et la compassion du thérapeute se combinent
à sa connaissance des lois naturelles qui régissent
l’homme et l’univers. C’est sur ce postulat que
s’appuie la médecine ayurvédique telle qu’elle
est actuellement pratiquée au Sri-Lanka. Cette science millénaire
qui puise ses racines dans la tradition védique de l’Inde
est largement représentée sur l’ensemble de l’ancienne
île de Ceylan.
Chaque grande ville compte un ou plusieurs hôpitaux ayurvédiques
et, dans les zones rurales, de nombreux dispensaires accueillent les
malades. La médecine occidentale et l’allopathie sont
bien entendu largement représentées, mais les Sri-Lankais
ont une grande confiance dans leur médecine traditionnelle
qui, du reste, a largement prouvé son efficacité et
sa non toxicité pour traiter l’ensemble des problèmes
médicaux. Les consultations commencent très tôt
le matin. De longues files d’attente obstruent les longs couloirs.
Dans la chaleur moite de l’hôpital ayurvédique
de Colombo, plus de deux cents personnes attendent leur tour avec
patience et silence. Au Sri-Lanka, comme dans la plupart des pays
d’Asie, le temps est une notion subjective qui s’écoule
au rythme des pensées. Il est donc à géométrie
variable ! Au bout du couloir, trois petites pièces blanchies
à la chaux avec, pour tout mobilier, une table en bois et deux
chaises, l’une pour le médecin, l’autre pour le
patient. Sur le côté, une longue table basse, recouverte
d’un drap grossier, pour les palpations du corps afin d’affiner
le diagnostic. Nous sommes ici loin de la technologie occidentale
avec son foisonnement d’appareils informatisés, ses analyses
moléculaires et son imagerie médicale...
L’important, c’est le relationnel
Le malade pénètre dans le petit bureau. Après
le traditionnel « ayubowan » équivalent du «
namasté » indien adressé avec déférence
au médecin, s’instaure une nécessaire relation
de confiance entre patient et thérapeute. « Sans cette
qualité relationnelle, il serait difficile de faire du bon
travail », précise la directrice de la pharmacologie
de l’hôpital. Dans le système ayurvédique,
l’argent n’est pas pris en compte et les consultations
sont gratuites. Fortuné ou pauvre, c’est le malade qui
est important. Tout au plus, l’offrande est permise et l’on
donne selon ses moyens : nourriture, vêtements ou quelques roupies.
C’est le geste et la pureté d’intention qui importent.
Il reflètent la qualité de la pensée. Le médecin
reçoit alors dans le même état d’esprit,
sans formule ampoulée de remerciements. Si l’on ne possède
rien, un simple regard de reconnaissance est alors suffisant. Nous
sommes là au coeur de ce que les bouddhistes appellent «
danna » l’acte d’offrande, telle qu’il est
toujours pratiqué dans le sud-est asiatique. Le Sri-Lanka est
un pays dont la religion officielle est le bouddhisme, protégé
par l’article Il de la Constitution du pays. Imprégné
du Dharma depuis plus de 2000 ans, le Sri-Lanka a largement adopté,
dans son système social, les bases éthiques du bouddhisme
theravada. La gratuité des soins médicaux s’inscrit
donc dans le respect de cette éthique, comme le fit en son
temps, Jivaka, médecin ayurvédiste de grande renommée,
et disciple du Bouddha.
Pour les médecins de l’hôpital ayurvédique
de Colombo, chaque patient est unique. En ce sens, il est un mandala,
l’expression vivante du macrocosme dans lequel tourbillonnent
les forces vives de l’univers. Le médecin prend le temps
d’écouter son malade. La manière dont il exprime
sa souffrance est aussi une indication utile qu’il ajoute à
l’auscultation de la langue, des yeux et des mains ou d’autres
parties du corps. Rien n’est laissé au hasard.
A l’écoute du microcosme
Dans cet univers corporel où les énergies subtiles se
livrent à un étrange ballet interne, il faut développer
une très grande sensibilité pour y déceler les
disharmonies. Lorsque le diagnostic est établi, le médecin
rédige une ordonnance sur une feuille de papier. Fabriqué
à partir d’arbres abattus dans les forêts, le papier
est une matière considérée comme noble et précieuse
et, de ce fait, économisé. C’est de l’écologie
rationnelle. Aussi, utflise-t-on tout support de papier afin de le
recycler « intelligemment » : papier d’emballage,
anciens almanachs, verso de pages déjà écrites,
ou tout espace encore vierge, quelle que soit sa taille, ou sa couleur.
C’est encore un papier similaire qui servira à emballer
les remèdes prescrits et que le patient, une fois sa consultation
terminée, ira chercher à la pharmacie de l’hôpital.
Environ 2600 plantes sont utilisées dans la pharmacopée
ayurvédique à laquelle il faut ajouter les poudres minérales
et les métaux comme l’or, l’argent et le cuivre.
Si la plupart des plantes proviennent du Sri-Lanka, certaines espèces
viennent des contreforts himalayens ou de Chine. La cueillette obéit
à des règles très précises, définies
dans les manuels d’ayurveda. La fleur, la feuille, la tige ou
la racine d’une même plante ont chacune une action différente
sur l’organisme.
Les pharmaciens ayurvédistes font appel à des procédés
de fabrication qui n’ont pratiquement pas varié au cours
des siècles. Ce qu’il est convenu d’appeler un
laboratoire, ressemble plutôt à une cuisine. Ici, ni
blouses blanches, ni atmosphère stérilisée, mais
de grands fourneaux à bois sur lesquels, des marmites de toutes
tailles contiennent de savants mélanges. Décoctions,
macérations, sirops, tout est fabriqué à l’hôpital
afin de répondre aux besoins des malades. La plupart des médicaments
sont en effet présentés sous forme liquide afin d’en
faciliter l’ingestion et la circulation dans l’organisme.
Mais l’arsenal thérapeutique ne s’arrête
pas là. Bains de vapeurs aux herbes médicinales, bains
phytothérapiques, massages aux huiles chaudes de plantes, complètent
la panoplie à laquelle il faut ajouter les célèbres
baumes ayurvédiques dont les actions thérapeutique ne
sont plus à démontrer. Les malades hospitalisés
ont une nourriture adaptée à leur état, mais
elle est essentiellement végétarienne. A des années-lumière
des concepts de la diététique occidentale, l’ayurveda
prend en compte la qualité « satvique » de l’aliment
et les classe en catégorie : pure, neutre ou impure, la viande
entrant dans cette dernière catégorie.
Aussi « médiévale » puisse-t-elle paraître
aux yeux des aropathes, la médecine ayurvédique a largement
influencé la médecine tibétaine et la médecine
greco-arabe. Pendant des siècles, la plupart des monastères
bouddhistes du Sri-Lanka avaient des moines instruits à la
médecine ayurvédique pour soigner bénévolement
les villageois. L’ayurveda est d’abord une science qui
permet de rester en bonne santé en corrigeant les déséquilibres
énergétiques qui se manifestent dès la naissance.
Aucun corps n’est parfait et immortel. Ainsi le veulent les
lois du samsara. Mais cette médecine, au champ d’action
très vaste, incluant la chirurgie, permet d’obtenir des
résultats qui étonnent les médecins occidentaux.
Certains malades européens, soignés dans les hôpitaux
ayurvédiques de Colombo pour des pathologies graves, reconnaissent
avoir recouvré la santé alors qu’ils étaient
sans espoir de guérison pour la médecine occidentale.
Si la prise en charge est totalement gratuite, il leur est quand même
proposé, pour quelques roupies par jour, une chambre plus conforme
à l’esprit occidental.
Afin de répondre à une importante demande d’Européens,
certains centres ayurvédiques du Sri-Lanka se sont modernisés
et proposent à présent des séjours thérapeutiques
de remise en santé. L’ayurvéda entre dans l’ère
du marketing. Reste à savoir si modernité et tradition
pourront réussir leur mariage de raison sans sombrer dans le
mercantilisme.
Avril 2000
Jean-Pierre Chambraud
KARMA YESHE
Karma Yéshé vit au temple Kagyu
Ling, en Bourgogne. Il a participé depuis des années
à la création des fresques du temple principal des Mille
Bouddhas.
Karma Yéshé est né le 10 avril 1966 au Bhoutan.
Suite à une enfance douloureuse, il est touché par une
surdité handicapante. Il étudie l’art de la peinture
sacrée bouddhique, un domaine où l’intériorité
imposé par son handicap peut devenir une qualité. Avec
un don certain au départ, il suit les enseignements de Maître
Tchimé, à Thimpou, qui est la capitale du Bhoutan. Puis
il étudiera ensuite à Kuzang, au Népal. Il reçoit
deux transmissions liées à la peinture sacrée,
l’une liée au Karma Gardri, l’autre liée
au Mendri.
Extrait d’un article paru dans Bouddhisme-Actualités
:
En 1986, il arrive à Dashang kagyu Ling où
il entreprend la décoration du splendide temple des mille Bouddhas
qui n’est pas encore tout à fait terminée. Actuellement,
il travaille à la réalisation de mandalas géants,
qui orneront le plafond du temple. Il réalise aussi des thankas.
Karma Yéshé est expert en dessin et en réalisation
de mandalas en poudres de couleur. Chaque année, il en réalise
une de 2 mètres carré sur place et d’autres, plus
petits, lors d’échanges culturels, comme à Bâle
(Suisse), Lyon, Amiens, etc… Après Dix-huit années
d’études et de pratique, Karma Yéshé est
devenu un très grand peintre, le seul maître oriental
de sa valeur en Europe.
Habilité à transmettre son art et à former des
occidentaux, il exige de ses élèves une forte motivation.
Karma Yéshé réalise tout lui-même, y compris
la préparation de la toile. Il peint selon une technique traditionnelle
avec des pigments minéraux, résistant aux craquements
et donnant un aspect ancien. Son geste est souple, lié à
la respiration, et il corrige très peu. Ses thankas noires
sont rehaussées de peinture à l’or achetée
au Népal. Après préparation de la toile et exécution
du dessin, la réalisation d’une thanka lui prend environ
50 à 60 heures, environ 70 heures pour la représentation
d’un yidam irrité.
Dans le vajrayana, le pratiquant utilise de nombreuses méthodes
pour reconnaître la nature de son propre esprit, la nature de
bouddha présente en chacun, et s’éveiller comme
le fit le Bouddha Sakyamouni, il y a 2500 ans.
Les thankas (peintures sur toiles) sont des représentations
symboliques des qualités naturelles de notre esprit. Les yidams
(divinités de lien) représentés sont l’expression
du dynamisme de l’esprit indifférencié de la clarté-vacuité
caractérisant la nature de l’esprit.
Les contempler nous relie progressivement à notre nature de
bouddha. C’est pourquoi posséder une thanka chez soi
a de grands bienfaits. Paix, santé, longue vie, richesse…sont
les exemples de bienfaits ordinaires.
L’art sacré bouddhique est directement issu des expériences
contemplatives des éveillés du passé, du présent
et du futur. Il est le reflet de l’amour, de la compassion,
de l’altruisme, de la générosité et de
la sagesse des bouddhas. Puisse la vue de ces précieuses œuvres
nous réjouir…
Karma Yéshé
- Karma Yéshé, quelle est la fonction des thankas
?
Je ne suis pas un enseignant du Dharma. Demandez à mes maîtres.
Je peux juste dire que les thankas ne sont pas des portraits, mais
des représentations dont le but principal est le bien de tous
les êtres.
- Néanmoins, vous exposez vos oeuvres… ?
Elles sont destinées à transmettre la sérénité
par la représentation : C’est ce que l’on nomme
la libération par la vue. Libération possible par tous
les sens.
- En quelle disposition d’esprit êtes-vous lorsque
vous travaillez ?
Lorsque je peins, je m’absorbe en moi-même dans une profonde
sérénité que je m’efforce de faire rejaillir
sur la toile afin que sa vision inspire à tous ceux qui la
verront une même profonde sérénité. Un
exemple de la libération par la vue : Le DalaÏ-Lama. Il
enseigne à des milliers de gens mais il offre aussi une image
de sérénité. Sa vue inspire. Quant à moi,
je souhaite générer un état de sérénité
et de bienveillance égal à ce qu’inspire la vue
du Dalaï-Lama enseignant. Je suis simplement un artiste du Dharma
qui peint les yidams avec son cœur. Sans les enseignements, pas
de peintures, et sans peintures, on ne pourrait accéder aux
enseignements du Vajrayana. Je suis très heureux de participer
à cette interdépendance et à cette transmission.
Mon art me met dans un état de contentement et de générosité
que j’espère communiquer à ceux qui le verront.
Puissent-ils tous trouver à leur tour, bonheur et sérénité
! Telle est la raison pour laquelle je fais des expositions.
- Que sont les Yidams ?
Je ne veux pas essayer de parler du Dharma. Je ne suis pas un enseignant
du Dharma. Je n’étudie plus depuis longtemps. Je reçois
ce qui émane directement du yidam, qui est un aspect de l’enseignement
en nous, sans qu’intervienne l’intellect. L’art
sacré ne laisse pas de place à l’inspiration personnelle,
il est à l’opposé de l’art pour l’art…
L’artiste doit respecter les canons qui permettent de transmettre
la force de l’inspiration de ce qu’ils représentent.
Le respect des ces canons leur conserve leur charge authentique qui
est celle des maîtres éveillés qui les ont établis,
même si l’artiste lui-même n’est pas éveillé.
L’artiste vit ce qu’il peut, sans forcément comprendre
tout le symbolisme de la thanka. Je donne à mon art un aspect
sacré. Si mon esprit est ailleurs, je m’arrête.
J’associe la respiration au geste pour ancrer ma motivation
dans une bienveillance maximale.
Propos recueillis par J-F Gantois.
Article paru dans la revue "Bouddhisme Actualités"
La fondation de l’ordre
des nonnes
Grâce à Ananda, disciple et cousin du
Bouddha auprès de qui il plaida leur cause, les femmes purent
entrer dans la vie monastique. Mais de dures règles de discipline
leur furent imposées pour devenir nonnes.
Par Bouddhisme Actualités
Alors qu’il était encore à Vesali, on prétend
que le Bouddha apprit que son père Suddhodana était
en train de mourir à Kapilavatthu. Afin de le rejoindre avant
sa mort, le Maitre vola dans les airs jusqu’à Kapilavatthu
et arriva juste à temps pour lui délivrer un sermon
par lequel Suddhodana devint illuminé, de sorte que le vieux
raja entra dans le Nibbana sur son lit de mort. Telle est l’histoire
légendaire selon un commentateur.
La vérité historique est que Suddhodana mourut dans
la seconde moitié de l’année 524 av. J.-C. et
que Siddhatta revisita sa ville natale en 523, alors que Suddhodana
était depuis longtemps incinéré et qu’un
nouveau raja était élu. On ne dit nulle part dans le
canon que ce nouveau raja était un membre de la famille Cotama.
C’est probablement au cours de cette seconde visite à
Kapilavatthu que le Bouddha agit comme médiateur dans un conflit
sur l’usage de l’eau du fleuve Rohini. Le Rohini (maintenant
Rowai) fermait la frontière entre la république Shakya
et le territoire tribal des Koliya et était interrompu par
un barrage bâti conjointement par les Shakya et les Koliya,
dont ils tiraient l’eau pour irriguer leurs champs. Lorsqu’en
mai-juin 523, le niveau de l’eau fut si bas qu’il suffisait
seulement à l’irrigation d’une des deux rives,
une querelle éclata entre les laboureurs shakya et koliya.
Les insultes pleuvaient et un combat - le texte dit une " guerre
" - semblait inévitable. Alors le Bouddha s’interposa
entre les deux fronts comme médiateur. Sa renommée d’"illuminé",
sa position d’intime du roi Pasenadi, dont les Shakya et les
kohya étaient également les sujets, et son éloquence
produisirent un miracle à peine imaginable. Usant de l’argument
que l’eau était de moindre valeur que les vies humaines,
il parvint à éviter le bain de sang et à calmer
la colère des opposants (Jat 536).
A l’occasion de cette visite du Bouddha à Kapilavatthu,
sa mère nourricière Mahapajapati vint à lui avec
une proposition qu’il trouva extrêmement malvenue et pesante.
Depuis la renonciation de Siddhatta, de Rahula et de son fils Nanda,
elle n’avait plus personne dont s’occuper si ce n’est
sa fille Sundarinanda. Après la mort de Suddhodana elle n’eut
plus de devoirs domestiques et se tourna donc, à un âge
avancé, vers la religion. Un jour elle chercha le Bouddha dans
le bois Nigrodha en dehors de la ville et lui dit : " Cela serait
bien si les femmes aussi pouvaient s’engager dans la vie sans
demeure (c’est-à-dire comme nonnes) selon le Dhamma que
tu proclames. " Le Bouddha fut évasif et négatif
et demeura sur son refus même quand Mahapajapati réitéra
sa demande. En larmes à cause de ce refus, qu’elle interpréta
comme une ingratitude ordinaire, Mahapajapati retourna à Kapilavatthu
(Cv 10, 1, 1).
Un peu plus tard, le Bouddha quitta sa ville natale et, par des étapes
faciles, atteignit la capitale Licchavi, Vesali, où il s’installa,
comme l’année précédente, dans le hall
à pignons.
pendant ce temps, Mahajapati avait repris courage, coupe sa chevelure,
la robe jaune comme moine et suivi les traces du Bouddha, accompagnée
de quelques femmes shakya. Les pieds enflés et couverts de
poussière, elle arriva à Vesali, où Ananda la
vit alors qu’elle approchait du hall à pignons. Les larmes
aux yeux elle confia à Ananda son voeu que le Maître
permît la fondation d’un ordre de nonnes (10, 1, 2).
EIle ne pouvait trouver avocat plus compétent. Emu, Ananda
transmit le plus cher de Mahapajapati au Buddha, qui de nouveau refusa.
Alors Ananda commença à défendre le cas :
" Seigneur, des femmes qui s’engageraient dans la vie sans
demeure selon ton Dhamma et ta discipline pourraient-elles atteindre
la perfection (c’est-à-dire l’illumination) ?
Oui, Ananda.
Seigneur, puisqu’elles en ont sont capables et puisque Mahajapati
Gotami t’a rendu grand service, à la fois comme tante
du Bienheureux et aussi, après la mort de ta vraie mère,
comme seconde mère, gardienne et nourrice, pour cette raison
même ce serait bien si tu permettais aux femmes d’entrer
dans la vie sans demeure selon ton Dhamma et ta discipline.
Ananda, si Mahapajapati promet d’observer huit règles
supentaires, que cela lui tienne lieu d’ordination.
Il énonça à Ananda les huit points, tous visant
à subordonner les nonnes (bhikkhni ) aux moines. (1) Même
une nonne anciennement ordonnée se rangeait derrière
le plus récent moine et devait le saluer respectueusement.
Apprenant d’Ananda les huit points, Mahapajapati consentit aux
conditions et fut ainsi ordonnée comme la première bhikkhani
du Sangha bouddhiste.
Le Bouddha n’avait pas consenti de son plein gré à
la fondation de l’ordre des nonnes ; seule la contrainte morale
d’accéder au désir de sa mère nourricière
l’avait induit à abandonner son refus initial. Ce qu’il
pensait de l’ordre des nonnes apparaît dans ce qu’il
dit à Ananda lorsque ce dernier lui fit part de l’accord
de Mahapajapati sur les huit points :
" Ananda, si les femmes n’avaient pas obtenu (le droit)
d’entrer dans la vie sans demeure selon ce Dhamma et cette discipline,
la vie sainte aurait duré longtemps, le véritable Dhamma
aurait duré mille ans. Mais maintenant que les femmes ont ce
droit, la vie sainte ne durera pas longtemps, le véritable
Dhamma ne durera que cinq cents ans.
" Les maisons avec beaucoup de femmes et peu d’hommes sont
une proie facile aux brigands et aux voleurs de trésors familiaux
(et il en va de même d’un ordre où les femmes sont
admises). Tout comme un champ de riz avec la brunissure et un champ
de cannes à sucre attaqué par la rouille périssent
(de même un ordre où il y a des nonnes). Tout comme un
homme qui bâtit une digue pour la construction d’un réservoir
de sorte que l’eau ne déborde pas, ainsi j’ai fixé
ces huit règles pour les nonnes, Ananda ".
Mais les choses tournèrent mieux que le Maître ne les
avait prophétisées. L’ordre des nonnes bouddhistes,
en effet, s’éteignit au XIIème siècle mais
la doctrine et l’ordre des moines survécurent de beaucoup
aux cinq cents ans prophétisés et sont, aujourd’hui,
toujours vivaces et vigoureux.
M Hans Wolfang Schuman
"le Bouddha historique"
Edit. Sully
A lire aussi : "Bouddha et les femmes" Suzan Murcott Edit.
Albin Michel
Une vie monastique bien ordonnée
Si les moines observaient 217 règles, les
nonnes de leur côté devaient se conformer à 311
préceptes dont les Huit Grandes Conditions. Ces Huit Grandes
Conditions dont l’acceptation a été la condition
préalable à l’ordination de Mahapajapati et à
l’établissemerit de l’ordre des nonnes étaient
1. Une nonne, quand bien même elle serait ordonnée depuis
cent ans, doit, devant tout moine, quand bien même il serait
ordonné du jour même, le saluer respectueusement, se
lever en sa présence, s’incliner devant lui et lui rendre
tous les honneurs qui lui sont dus.
2. Une nonne ne doit pas passer la saison des pluies dans une region
ou ne séjournent pas de moines.
3. A chaque demi-lune, une nonne doit s’adresser à l’ordre
des moines en vue de deux choses : la date de la cérémonie
uposatha, et le moment auquel les moines vont dire la prédication
de l’Enseignement.
4. A la fin de la retraite de la saison des pluies, les nonnes doivent
tenir pavarana devant les deux sanghas, celle des moines et celles
des nonnes, pour savoir si aucune faute n’a été
commise en fonction de ce qui a été vu, entendu ou suspecté
à leur propos.
5. Une nonne qui s’est rendue coupable d’une faute grave
doit se soumettre à la discipline marlatta devant les deux
sanghas, celle des moines et celle des nonnes.
6. L’ordination majeure (l’initiation upasampada) ne peut
être sollicitée devant les deux sanghas que lorsqu’une
novice a observé pendant deux ans les six préceptes
(les cinq premiers préceptes plus le précepte qui impose
de ne prendre qu’un repas par jour avant midi).
7. En aucun cas il n’est permis à une nonne d’injurier
ou d’insulter un moine.
8. Les nonnes n’ont pas le droit de réprimander les moines
; il n’est pas interdit aux moines de réprimander les
nonnes.
Le terme bhikkhuni, même s’il désigne communément
une nonne, s’applique en fait à une nonne ordonnée
de puis 12 ans. A ce stade, elle pouvait alors demander à l’ordre
le privilège de conférer l’ordination (vufthapana).
Cela faisait d’elle une nonne apte à enseigner (upajjha)
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Février 2000
Les règles diététiques
de la médecine tibétaine
Conseils avisés du Dr Yeshi Donden, médecin
personnel du Dalaï-Lama, auteur du livre « la santé
par l’équilibre"
Par Dr Yeshi Donden
L’alimentation, même si elle est associée à
des plaisirs sensoriels, est essentiellement un carburant destiné
à se transformer en énergies pour cette machine complexe
qu’est l’organisme humain. De même que le sommeil
est nécessaire au corps, le jeûne ou la monododiète
permet de mettre au repos les fonctions métaboliques. Conseils
avisés du Dr Yeshi Donden, médecin personnel du Dalaï-Lama,
auteur du livre « la santé par l’équilibre"-
Edit. Trédaniel.
AIbert Einstein, lui-même l’avait écrit "Rien
ne peut être aussi bénéfique à la santé
humaine et augmenter les
chances de survie de la vie sur terre que d’opter pour une diète
végétarienne".
Tous les physiologistes sérieux sont unanimes à ce sujet
: jeûner, sous certaines conditions, permet d’éliminer
les toxines du corps et de le régénérer. C’est
une des clés de guérison en usage depuis l’Antiquité
dans la plupart des civilisation d’Orient et d’Occident.
Recommandé souvent, imposé parfois comme méthode
spirituelle, le jeûne de courte durée passe pour apaiser
le corps et le mental, tout en augmentant les capacités de
vigilance.
Le Dr Yeshi Donden, médecin personnel du Dalaï-Lama est
né en 1929 à Namro, village du Tibet central. A l’âge
de vingt ans, au terme de neuf années d’études
suivies au monastère de médecine de Chagpori, Yeshi
Donden réussit brillamment ses examens et, comme le veut la
tradition, étant le meilleur élève de sa promotion,
fut nommé "médecin personnel de Sa Sainteté".
Un titre honorifique qui récompense l’élite médicale.
Dès 1951, le Dr Donden commença à exercer dans
sa région natale et acquit très vite une grande réputation
d’efficacité. Mais en 1959, lorsque le Dalaï-Lama
prit le chemin de l’exil, il décida de l’accompagner
pour s’occuper des réfugiés tibétains en
Inde. Après avoir fondé le Centre médical tibétain
à Dharamsala il revint à la pratique privée en
1969. Il se partage actuellement entre ses activités de thérapeute
en Inde et de fréquents voyages en Occident pour y donner des
conférences sur la médecine tibétaine notamment
à l’Université de Virginie aux Etats-Unis.
Après préparation physique et mentale, le jeûne
reste soumis à des conditions spécifiques sous contrôle
d’une personne qualifiée. Lorsque l’on sort du
jeûne, des précautions sont à prendre. "On
doit manger de la nourriture légère, quelque chose de
facile à digérer, comme de la soupe de riz, précise
le Dr Yeshi Donden. Au Tibet, du cinquième jour du troisième
mois, au seizième jour du quatrième mois, il peut y
avoir deux ou trois cents personnes qui jeûnent. Avant le lever
du soleil, vous vous levez, vous lavez, et faites les récitations
religieuses coutumières. Puis nous faisons les récitations
ensemble ce premier jour, et nous récitons le mantra ; à
part la récitation du mantra, nous ne disons rien. Ce jour
là, non seulement vous ne mangez rien, mais vous ne buvez plus
rien du tout. Ainsi vous ne crachez pas. Vous passez la journée
à réciter des textes, des mantras, à méditer.
Puis, la nuit, vous allez vous coucher, et le lendemain matin, vous
prenez du yogourt aigre ou du jus de citron avec un petit peu d’eau.
Puis vous faites vos récitations, buvant du thé tibétain
avec du sel, du lait, et du beurre. Au lever du soleil, vous pouvez
prendre une soupe de nouilles et boire du thé pendant la journée.
A midi, vous mangez assez pour vous remplir l’estomac. Puis,
jusqu’à ce que vous vous couchiez, vous ne prenez plus
rien.
Le lendemain matin, vous prenez seulement du thé avec du sel,
du lait, et du beurre ; vous ne parlez pas, sauf pour réciter
; vous faites aussi de nombreuses prosternations devant le Bouddha,
la Doctrine, et la Communauté spirituelle. Puis le lendemain
matin, vous prenez du thé quand vous vous levez, mais aussi,
au lever du soleil, vous prenez une soupe de nouilles avec de la viande.
Ainsi, vous prenez une soupe de nouilles chaque jour du mois. Le matin
des jours où vous mangez, vous prenez de la soupe de nouilles,
et à midi vous mangez un peu, par exemple, de l’orge
grillée et mélangée à du liquide pour
en faire une pâte qui sera frite. On met dessus du beurre fondu,
et de la mélasse ; cela pour ne pas générer de
vent, car, lorsque vous jeûnez, vous avez tendance à
avoir plus de vent.
Selon votre condition physique, vous pouvez tenir avec un mélange
d’eau et de jus de citron pendant peut-être trois jours,
mais plus vraisemblablement, deux jours ou un seul. Mais tenir dix
jours de cette façon est une situation complètement
différente, qui relève des pratiques religieuses ; or
je parlais du jeûne à des fins physiques.
Le meilleur moment pour jeûner, c’est au printemps, ou
juste à la période entre automne et hiver. En hiver,
parce qu’il fait froid, vos pores tendent à se fermer,
et les substances flegmatiques restent dans le corps. Au printemps,
elles commencent à fondre et, ainsi, le printemps est une bonne
époque pour jeûner et s’en débarrasser.
La période entre l’automne et l’hiver, est celle
où les fruits et légumes, etc., ont mûri, et où
leur vertu retourne au sol. De même, sur le plan intérieur,
vous jeûnez, pour faire que les éléments onctueux
sèchent. Grâce à cela, l’intérieur
et l’extérieur sont en harmonie.
Tout le monde ne doit pas pratiquer le jeûne ; les personnes
dominées par le vent ne doivent pas jeûner. Ceux qui
peuvent faire usage du jeûne, ce sont les gens "flegmatiques"
par nature, et qui ont un excès d’huile (selon les principes
de la médecine ayurvédique).
Dr Yeshi Donden
Bouddhi